Des municipales en forme de test pour le Hamas à Gaza
information fournie par Reuters 22/04/2026 à 17:26

par Nidal al-Mughrabi, Ali Sawafta et Haseeb Elwazeer

Les élections municipales organisées samedi dans les territoires palestiniens, y compris dans des villes comme Deir al Balah, l'une des rares localités de la bande de Gaza qui ne soit pas contrôlée par les forces israéliennes, devraient fournir une indication certes imparfaite sur la popularité du Hamas au sein de la population palestinienne.

Plusieurs personnalités proches du Hamas sont candidates à ce scrutin présenté par les Palestiniens comme une démonstration d'unité nationale face au projet américain pour Gaza qu'ils perçoivent comme le prélude à une scission avec la Cisjordanie occupée.

Il s'agit des premières élections organisées à Gaza depuis 2006 et la victoire du Hamas aux législatives face au Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas, qui a débouché sur une brève guerre civile dont le mouvement islamiste est sorti vainqueur pour prendre le contrôle de l'enclave palestinienne.

Il s'agira en revanche des cinquièmes élections municipales en Cisjordanie depuis 2005. L'Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas a dit en janvier qu'elle tenterait d'organiser ces élections "partout où cela est possible", une initiative considérée comme un geste symbolique destiné à montrer que la bande de Gaza doit faire partie intégrante d'un futur Etat palestinien.

Pour les habitants de Deir al Balah, comme Adham al Bardini, le scrutin de samedi offre l'occasion de s'exprimer après les attaques du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, qui ont déclenché une guerre dévastatrice pour l'enclave palestinienne.

"Pour la première fois de ma vie, en 20 ans, je vais ressentir cela. J'entends parler d'élections depuis ma naissance, mais en raison des circonstances, aucune élection n'a lieu", dit ce Palestinien de 34 ans. "Nous sommes impatients de participer afin de pouvoir changer la réalité qui nous est imposée."

BANDEROLES

A Deir al Balah, de grandes banderoles arborant les slogans des différents candidats ornent les rues.

Selon Farid Taamallah, porte-parole de la commission électorale de l'Autorité palestinienne, environ 70.000 Palestiniens peuvent voter à Deir al Balah, une ville qui, selon lui, a été choisie parce qu'elle a subi moins de dégâts que le reste du territoire, en grande partie dévasté.

Les candidats sont répartis en quatre listes dont une compte plusieurs personnalités favorables au Hamas selon des habitants et des observateurs.

Le Hamas ne présente pas de liste en son nom et ne soutient explicitement aucun candidat au motif qu'un décret de l'Autorité palestinienne exige, selon lui, des candidats qu'ils reconnaissent l'Etat d'Israël. D'autres mouvements boycottent ces élections, ce qui devrait permettre au Fatah de s'imposer sans difficulté dans les grandes villes de Cisjordanie.

Bien qu'il se tienne officiellement à l'écart du scrutin, le Hamas pourrait être tenté d'interpréter les résultats comme une mesure de sa popularité en fonction des scores des candidats jugés proches du mouvement, pense Hani al Masri, analyste politique en Cisjordanie.

Hazem Qassem, porte-parole du Hamas, a déclaré que le mouvement respecterait les résultats des élections. Des sources au sein du mouvement ont dit à Reuters qu'il déploierait des forces de police et de sécurité pour assurer la sécurité des bureaux de vote.

Le Hamas a repris le contrôle de Deir al Balah et d'autres secteurs de la bande de Gaza dont l'armée israélienne s'est retirée aux termes d'un cessez-le-feu conclu en octobre 2025. Israël conserve le contrôle de plus de 53% du territoire.

Des sondages d'opinion donnent à penser que le Hamas reste populaire à Gaza et en Cisjordanie, malgré les ravages causés par la guerre. Une étude réalisée à Gaza en octobre 2025 par le Centre palestinien pour la recherche politique et les sondages a montré que 41% des Palestiniens y soutiennent le Hamas, contre 29% pour le Fatah.

(Nidal al-Mughrabi au Caire, Ali Sawafta à Ramallah, Haseeb Elwazeer et Dawoud Abu Alkas à Gaza, version française Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault)