Des exportations d'armement au plus haut : zoom sur l'Inde et son industrie de défense en plein boom
information fournie par Boursorama avec Media Services 02/04/2026 à 15:19

Après des décennies de dépendance au géant soviétique en matière de matériel militaire, puis de premiers pas vers l'autonomie stratégique à la fin du 20e siècle, New Delhi a pris en 2014 le virage ambitieux du "Make In India" qui se traduit dans les chiffres.

Un système de missiles Akash, lors d'une parade militaire à New Delhi, en janvier 2025 (illustration) ( AFP / SAJJAD HUSSAIN )

L'Inde a exporté pour un montant historique de plus de 384 milliards de roupies (environ 3,5 milliards d'euros) d'armements pendant l'année fiscale 2025-2026, un bond de 62% par rapport à la même période de l'année précédente, s'est félicité jeudi 2 avril son ministère de la Défense. Portée par le Premier ministre Narendra Modi, New Delhi a fait de la modernisation de son armée une priorité absolue, notamment en raison des tensions récurrentes avec ses voisins la Chine et le Pakistan. Si elle figure depuis de longues années dans le peloton de tête des principaux importateurs d'équipements militaires de la planète, l'Inde met aussi désormais l'accent sur la production de ses propres armes. En septembre 2025, l'Inde avait ainsi signé une commande de 7 milliards de dollars pour 97 jets Tejas conçus et fabriqués localement, tournant la page des MiG-21 russes en service depuis des décennies. Ces premiers Tejas, chasseurs de quatrième génération, ont été intégrés à la force aérienne indienne en 2016.

La majorité des équipements "made in India" exportés (missiles, navires de guerre, artillerie et systèmes radars notamment) en 2025-26 ont été fabriqués par des entreprises publiques.

Aéronautique et aérospatiale

Selon un rapport de l'Ifri publié en décembre 2022, la plus importante de ces entreprises publiques de la défense est l'avionneur HAL (Hindustan Aeronautics Limited). Il produit notamment trois avions de conception indienne – un avion d’initiation au vol (HTT-40), un jet d’entraînement (HJT-36) et un chasseur supersonique (LCA Tejas), et huit types d’hélicoptères.

L'industrie indienne des systèmes radars est elle dominée par Bharat Electronics Limited (BEL), qui fournit les radars, systèmes de guidage et de communication des armées. Illustration du "Make in India" et des coopérations avec les industriels étrangers, le producteur de composants électroniques est ainsi lié à Thalès par des joint-ventures créés dès 2025 pour des radars civils et militaires.

Du côté des missiles, le géant indien de la défense Bharat Dynamics avait annoncé à l'automne 2025 une très forte augmentation de son chiffre d'affaires (+110,6 sur un an), porté par le développement de ses missiles Akash et Astra Mk-1, ainsi qu'un carnet de commandes solide. L'entreprise a par ailleurs aussi conclu début 2025 un accord avec Thales, pour la fourniture de missiles de défense aérienne à très courte portée avec un transfert de technologie qui permettra leur fabrication en Inde à hauteur de 60%. Spécialiste historique des missiles terrestres, BDL produit toute la gamme des missiles guidés indiens et s’est ouvert à la production navale. Il fabrique des torpilles de différents types et des leurres tirés depuis les sous-marins.

Construction navale

Marquée par la mise à l'eau de l'INS Vikrant, le premier porte-avions "made in India", en 2022, l'industrie indienne des navires de guerre est aussi concernée. Les chantiers navals de Mazagon, Mazagon Dock Limited (MDL), détenus à 80% par le gouvernement indien, produisent ainsi des bâtiments issus de transferts de technologie, comme pour les sous-marins Scorpène, mais aussi de projets nationaux comme les frégates furtives Nilgiri et les destroyers Visakhapatnam.

Le Garden Reach Shipbuilders & Engineers (GRSE) de Calcutta est au deuxième rang en termes de production, avec un éventail très large (patrouilleurs rapides, barges de débarquement, corvettes furtives de lutte anti sous-marine Kamorta et Kiltan), ainsi qu'une usine de fabrication de moteurs diesel (produits sous licence allemande MTU) à Ranchi (Jharkhand) et d’une division d’ingénierie. Avec MDL et GRSE, l’Inde peut ainsi tout produire, depuis les moteurs jusqu’aux navires de gros tonnage.

Deux autres chantiers navals, Hindustan Shipyard Ltd (HSL), et Goa Shipyard Ltd (GSL), complètent le paysage industriel indien, dans des domaines allant de l'entretien et la réparation des sous-marins à la production de petits navires.

Nouvelle "plaque tournante de l'industrie mondiale de l'armement"

Au global, les armements indiens ont été achetés par une centaine de pays, parmi lesquels les Etats-Unis, la France ou l'Arménie arrivent en tête. Le budget de la défense indien pour l'année fiscale, qui a débuté le 1 avril, a fait l'objet d'une augmentation de 15%, a environ 75 milliards d'euros.

Le bond des ventes enregistrés l'an dernier "reflète la confiance croissante (des pays étrangers) dans les capacités nationales de l'Inde et dans sa puissance industrielle", a souligné le ministre Rajnath Singh sur X. "L'Inde est un train de devenir une plaque tournante de l'industrie mondiale de l'armement" , a-t-il insisté.