Des élections municipales aux enjeux nationaux avant l'inconnue de 2027
information fournie par Reuters 15/03/2026 à 07:03

Affiches des candidats à la mairie de Paris sur les panneaux électoraux pour les prochaines élections municipales à Paris

Près de 49 millions de Français sont appelés aux urnes ce dimanche pour le premier tour des élections municipales, un scrutin ‌ouvert qui permettra aux formations politiques, dont le Rassemblement national, de mesurer leur ancrage et leur dynamique électorale en vue de la présidentielle et des législatives de 2027.

Ces élections - destinées à désigner au terme du second tour, qui se tiendra le 22 mars, les ​maires et conseillers municipaux de quelque 35.000 communes - constituent le premier test électoral après la dissolution de 2024 dont les répliques politiques sont encore prégnantes.

Ainsi les candidatures "sans étiquette", "citoyennes", figurent-elles en bonne place cette année sur les listes électorales et les "ténors" politiques ont été tenus à distance.

Du point de vue de l'organisation, ces élections introduisent une nouveauté pour les électeurs de Paris, Lyon et Marseille en vertu d'une réforme de la loi "PLM" de 1982 adoptée l'an dernier qui instaure une élection au suffrage direct.

Deux votes distincts sont prévus : le ​premier sert à élire les conseillers d’arrondissement ou de secteur et le second à choisir directement les conseillers municipaux (Lyon, Marseille) et les conseillers (Paris), autrefois désignés indirectement. C'est ensuite toujours le conseil municipal qui élit le maire.

Dans la capitale, après un quart de siècle de pouvoir socialiste, l'enjeu est celui de l'alternance dans un paysage morcelé où pas moins de ​cinq candidats peuvent prétendre dépasser les 10% des voix, synonyme de maintien au second tour.

Le dauphin de la maire socialiste sortante ⁠Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, et l'ex-ministre (Les Républicains) Rachida Dati font figure de favoris, devant le centriste Pierre-Yves Bournazel (Horizons, Renaissance), la candidate de Reconquête Sarah Knafo et celle de La France insoumise Sophia Chikirou.

A Lyon, l'ancien patron de l'Olympique lyonnais ‌Jean-Michel Aulas, 76 ans, fait ses débuts en politique avec le soutien des Républicains (LR) et de Renaissance dans le rôle du champion putatif avec 42% à 47% d'intentions de vote au premier tour face au maire sortant écologiste Grégory Doucet.

MARSEILLE EN LIGNE DE MIRE

A Marseille, le Rassemblement national rêve d'un séisme politique qui verrait la deuxième ville de France tomber dans sa sphère d'influence. Le suspense est total sur ​l'issue du coude-à-coude entre la liste du candidat RN Franck Allisio et celle d'union de la gauche ‌du maire sortant Benoît Payan.

La candidate LR soutenue par Renaissance et Horizons Martine Vassal pourrait se retrouver en position d'arbitre à l'issue du premier tour. Son choix de s'allier ⁠ou non avec le RN pour le second tour sera décisif et pourrait faire jurisprudence.

En 2020, Marseille avait basculé à gauche grâce à une dynamique d'union entre les partis de gauche et les écologistes, dans une quadrangulaire avec la droite et le RN.

LR, le parti de Bruno Retailleau qui administre près de 60% des communes de plus de 30.000 habitants, révise ses prétentions à la baisse après avoir envisagé une "vague bleue". L'objectif est de conserver une puissante base territoriale (Toulouse, Angers, Lorient, Nîmes...), avec l'espoir prudent de reconquérir Paris.

Fort ⁠de ses bons scores aux dernières élections européennes et ‌législatives de 2024, et de la cote de popularité de ses chefs de file Jordan Bardella et Marine Le Pen, le RN espère faire des élections municipales un tremplin vers les sénatoriales qui renouvelleront de ⁠moitié la Haute Assemblée en septembre, avant la présidentielle du printemps 2027.

Six ans après la déconvenue des municipales de 2020, le parti d'extrême droite entend monter en puissance avec un nombre record de quelque 650 candidatures (contre 400 en 2020 et 600 en 2014), axant ‌sa campagne sur des thématiques nationales, la sécurité et le sentiment "d'abandon" des citoyens face à l'érosion locale des services publics.

Au-delà de son maintien à la tête de Perpignan (Pyrénées-Orientales), seule ville de plus de 100.000 habitants conquise il y ⁠a six ans, le RN brigue, outre Marseille, Toulon (Var), Nîmes (Gard), Nice (Alpes-Maritimes) où le député UDR Éric Ciotti se présente avec le soutien du RN face au maire sortant ⁠Christian Estrosi (Horizons), ou encore Menton (Alpes-Maritimes), où Louis Sarkozy est en lice, ‌et Lens (Pas-de-Calais).

A GAUCHE, COMBIEN DE DIVISIONS

Pour le parti aux 120 députés, l'enjeu est de poursuivre une implantation locale à même d'étayer ses ambitions nationales à l'heure où toutes les enquêtes d'opinion le donnent finaliste de la course à l'Elysée l'an prochain.

L'une des inconnues réside ​dans le possible rapprochement entre le RN et Les Républicains (LR) entre les deux tours. Selon une étude Verian pour Le Monde et L'Hémicycle, 66% ‌des sympathisants LR et 67% de ceux du RN sont favorables à une entente permettant des alliances ou des fusions de second tour.

Toute liste ayant recueilli plus de 5% des suffrages peut fusionner avec une autre liste dans l'entre-deux-tours.

Le Parti socialiste (PS), avec une solide implantation locale, a exclu pour sa ​part tout accord national pour le premier et le second tours avec La France insoumise (LFI) en raison des "caricatures complotistes et [des] propos antisémites intolérables de Jean-Luc Mélenchon", des "violences politiques (...) qui se déploient dans les rangs de l'ultra-gauche", référence à la mort à Lyon du militant identitaire Quentin Deranque, imputée à des proches de LFI.

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de LFI, a dénoncé une "insupportable désolidarisation du combat antifasciste" et accuse le PS de favoriser la victoire de la droite et du RN "dans des dizaines de villes".

Des listes communes PS-LFI ⁠sont présentes dans une soixantaine de villes. Et les circonstances locales, de même que la pression des électeurs de gauche, singulièrement dans l'hypothèse d'un "front républicain" contre l'extrême droite, pourraient décider de possibles alliances entre les deux tours.

Verdict pour le PS à Paris d'abord, puis Marseille, Montpellier, Lille, Nantes, Rennes ou encore Clermont-Ferrand, Nancy, Dijon, villes emblématiques qu'elle entend conserver. LFI, qui souffre structurellement d'un faible maillage local, vise une possible victoire à Roubaix (Nord) sous la bannière du député David Guiraud. Le parti convoite également Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Limoges (Haute-Vienne) ou encore Evry-Courcouronnes (Essonne).

Après la vague écologiste de 2020, avec des sacres à Strasbourg, Bordeaux et Lyon, Les Ecologistes (ex-EELV) mesureront leurs forces pâlissantes au sein d'une gauche toujours divisée, de même que les communistes à Bobigny (Seine-Saint-Denis) ou Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Pour le camp présidentiel (Renaissance), qui a privilégié les alliances, la campagne s'est déroulée en toute discrétion, loin des appétits contrariés de 2020 sous la houlette du Premier ministre d'alors, Edouard Philippe, qui, s'il fallait un symbole des infortunes du "socle commun", joue cette année son avenir politique au Havre (Seine-Maritime) à la tête d'Horizons, ​parti créé en 2021.

(Rédigé par Sophie Louet, avec Elizabeth Pineau, édité par Blandine Hénault)