Des dizaines de milliers de manifestants à Belgrade demandent des élections information fournie par AFP 23/05/2026 à 22:02
Des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés samedi à Belgrade aux cris de "Les étudiants gagnent" pour demander des élections, l'un des plus grands rassemblement depuis des mois du mouvement anti-corruption né de l'effondrement mortel de la gare de Novi Sad.
En 18 mois, les manifestations n'ont jamais vraiment cessé en Serbie, avec des pics – 300.000 personnes le 15 mars 2025 - et des reflux. Les étudiants qui ont rapidement pris la tête du mouvement espèrent que la manifestation de samedi relancera le mouvement, et poussera le président Aleksandar Vucic (SNS, droite nationaliste) à convoquer des élections anticipées.
Le dernier grand rassemblement avait eu lieu le 1er novembre 2025 à Novi Sad, quand environ 100.000 personnes s'étaient réunies pour marquer le premier anniversaire de l'effondrement de l'auvent en béton de la gare, tout juste rénové. La tragédie a fait 16 morts, et les manifestants y voient le résultat d'une corruption qu'ils jugent endémique.
Samedi, après la dispersion de la manifestation, des heurts ont éclaté autour d'un parc où des soutiens du gouvernement se rassemblent depuis des mois. Des hommes masqués ont jeté des pierres, des bouteilles, des pétards sur les forces de l'ordre qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes.
Plusieurs personnes ont été arrêtées, a constaté un journaliste de l'AFP, et des dizaines de véhicules de gendarmerie ont repoussé les manifestants loin des immeubles de la présidence et du Parlement.
"Tout ceux qui, à la fin de la manifestation, ont attaqué les policiers qui assuraient la sécurité du rassemblement seront identifiés et jugés", a commenté dans un communiqué le bureau du procureur général.
Aleksandar Vucic a, sur Instagram, évoqué des images "mauvaises pour la Serbie". "Rien ne va changer, l'Etat fonctionne et continuera à faire son travail selon la Constitution et les loi, et sera en mesure de préserver l'ordre et la paix", a ajouté le président, en partance pour un voyage d'Etat en Chine.
- 'Les étudiants gagnent' -
Sous le slogan "les étudiants gagnent", qui a fleuri sur tous les murs de la capitale serbe ces derniers jours, les étudiants avaient appelé à se rassembler de 18h00 (16H00 GMT) à 20h00 sur la place Slavija, dans le centre-ville, lieu des plus grandes manifestations de ces 18 derniers mois.
Des dizaines de milliers de personnes ont répondu à l'appel ont constaté les journalistes de l'AFP sur place et grâce à des images aériennes.
"Nous estimons qu'environ 34.300 citoyens sont présents à ce rassemblement", a déclaré en conférence de presse le directeur de la police, Dragan Vasiljevic.
Aucun décompte indépendant n'était disponible dans la soirée – Arhiv javnih skupova, un groupe indépendant spécialisé depuis plusieurs années dans le comptage de manifestations, a annoncé dès le début de la manifestation sur X qu'il ne fournirait pas d'estimation avant dimanche, estimant toutefois que "les images indiquent que le rassemblement à Slavija sera l'un des plus importants".
"Le propos de la manifestation d'aujourd'hui consiste simplement à nous compter", expliquait, au milieu de la foule, Vuk Vucin, 22 ans, étudiant en philologie. "Nous n'avons pas connu un rassemblement aussi important depuis très longtemps. Cela se déroulera dans le calme et avec dignité".
Andjela, 24 ans, étudiante en architecture, estimait aussi que "le but de la manifestation aujourd'hui est de nous rassembler tous ensemble, à nouveau, et de montrer à tout le monde que nous sommes encore là, que nous nous battons, que nous travaillons, et que nous n'arrêterons pas".
Pour Ivan Milosavljevic, venu de l'est de la Serbie, la foule démontre que "les gens n'ont pas abandonné, n'ont pas perdu leur force. La force de cette manifestation, c'est le nombre". "Nous allons continuer jusqu'à ce que ce régime tombe", assurait-il dans la foule.
Comme samedi, plusieurs manifestations ont été marquées ces derniers mois par des heurts et au moins plusieurs dizaines de manifestants ont affirmé avoir été attaqués par des hommes proches du pouvoir.
Vendredi, le Conseil de l'Europe - dont la Serbie, 6,6 millions d'habitants, est membre - a dit sa préoccupation face à la "réponse violente" des autorités lors des manifestations, évoquant "de multiples informations [qui] font état d'un usage excessif de la force par la police, d'arrestations de manifestants pacifiques et de traitements dégradants en garde à vue".