Des activistes de la flottille pour Gaza accusent Israël d'agressions sexuelles
information fournie par Reuters 22/05/2026 à 18:08

Des militants français de la flottille Global Sumud à destination de Gaza, détenus par les forces israéliennes à leur arrivée à l'aéroport Charles de Gaulle, à Roissy-en-France, près de Paris

par Anna Uras, Rami Ayyub et Layli Foroudi

Les militants libérés par les ‌autorités israéliennes après avoir été arrêtés à bord d'une flottille qui tentait d'acheminer de l'aide dans la bande de Gaza ont été victimes de nombreux abus, notamment d'agressions ​sexuelles, ont déclaré vendredi les organisateurs.

Selon eux, plusieurs personnes ont dû être hospitalisées pour diverses blessures et au moins 15 d'entre elles ont dit avoir subi des agressions sexuelles, y compris des viols.

Plusieurs pays européens, dont l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne, ont confirmé que certains de leurs ressortissants avaient été blessés.

L'administration pénitentiaire israélienne a nié ces ​allégations.

"Les allégations sont fausses et dénuées de tout fondement factuel", a déclaré un porte-parole dans un communiqué. "Tous les prisonniers et détenus sont incarcérés conformément à la loi, dans le plein respect de leurs droits fondamentaux et sous ​la supervision d'un personnel pénitentiaire professionnel et formé."

Reuters n'a pas été en mesure de ⁠confirmer les affirmations des deux parties de manière indépendante.

Les forces de sécurité israéliennes ont arrêté mardi 430 personnes à bord de 50 navires dans ‌les eaux internationales afin d'empêcher la flottille d'atteindre la côte de la bande de Gaza.

Les autorités israéliennes sont depuis sous le feu des critiques, notamment après la diffusion par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, membre d'un parti ultra-nationaliste, d'une vidéo dans ​laquelle il se moque de militants emprisonnés.

L'Italie a déclaré que ‌les 27 pays membres de l'Union européenne avaient entamé des discussions en vue d'imposer des sanctions à Itamar Ben-Gvir, ⁠coutumier des provocations à l'égard des Palestiniens.

Selon les organisateurs de la flottille "Global Sumud", les forces de sécurité israéliennes ont eu recours à un usage de la force disproportionné, ainsi qu'à des actes dégradants et humiliants envers les militants arrêtés.

COUPS ET AGRESSIONS SEXUELLES

"Au moins 15 cas d'agressions sexuelles, dont des viols. Des tirs de balles en caoutchouc ⁠à bout portant. Des dizaines de ‌personnes ont eu des os cassés", ont dénoncé les organisateurs sur l'application de messagerie Telegram.

"Alors que le monde entier a les ⁠yeux rivés sur les souffrances de nos militants, nous ne saurions trop insister sur le fait qu'il ne s'agit là que d'un aperçu de la brutalité qu'Israël inflige ‌quotidiennement aux otages palestiniens."

Luca Poggi, un économiste italien arrêté à bord de la flottille, a déclaré à Reuters à son arrivée à Rome : "Nous avons ⁠été déshabillés, jetés à terre, roués de coups de pied. Beaucoup d'entre nous ont été électrocutés au Taser, certains ⁠ont été agressés sexuellement, et d'autres se ‌sont vu refuser l'accès à un avocat."

Sabrina Charik, qui a aidé à organiser le retour de 37 activistes français, a déclaré à Reuters que cinq d'entre eux ​avaient été hospitalisés en Turquie, certains souffrant de côtes cassées ou de vertèbres fracturées. Certains ‌ont porté des accusations détaillées de violences sexuelles, y compris de viol, a-t-elle ajouté.

Les activistes ont déclaré que certains abus avaient eu lieu en mer lors de leur interception par la marine israélienne, ​et d'autres après leur incarcération en Israël.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré aux journalistes que 44 membres espagnols de la flottille devaient arriver tout au long de la journée de vendredi par des vols reliant Istanbul à Madrid et Barcelone. Quatre d'entre eux ont reçu des soins médicaux ⁠pour leurs blessures, a-t-il ajouté.

Son homologue italien, Antonio Tajani, a déclaré en marge d'une réunion de l'Otan en Suède qu'il était en contact avec tous ses homologues de l'UE "afin qu'une décision rapide soit prise pour imposer des sanctions" à Itamar Ben-Gvir.

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, avait proposé l'année dernière d'imposer des sanctions à Itamar Ben-Gvir et à Bezamel Smotrich, le ministre des Finances, mais cette proposition n'avait pas recueilli l'unanimité nécessaire en raison, principalement, de l'opposition de la Hongrie, dont le gouvernement a depuis changé.

(Anna Uras, Rami Ayyub, Alvise Armellini, Layli Foroudi, Cristiano Corvino, Roberto Mignucci, Catherine Cartier, David Latona et Charlotte Van Campenhout, rédigé par Charlie ​Devereux ; version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)