"Dernière rave" à Marseille avant la loi contre les free parties information fournie par AFP 21/04/2026 à 12:21
Il est 6h30, le ciel se teinte de rose derrière les pins au dessus de la garrigue. Ils sont encore plus d'une centaine à danser pour "la dernière rave" de Marseille avant l'adoption définitive de la loi renforçant la pénalisation de la "fête libre".
"Je l'ai appelée +la dernière rave+, parce que ça me fait flipper de me dire que je peux passer six mois en prison, juste parce que j'organise une fête pour 300 personnes", explique Sacha (prénom modifié), 33 ans.
Jusqu'ici, il organisait deux ou trois "free parties" ("fêtes libres", gratuites et non déclarées) par an, mais "aujourd'hui, c'est fini". L'an dernier, la police lui a déjà saisi son matériel, et il refuse d'"être un martyr de la cause".
Le 9 avril, les députés ont adopté une proposition de loi qui, si elle est votée par le Sénat, prévoit jusqu'à six mois de prison et 30.000 euros d'amende pour les organisateurs de raves non déclarées ou interdites, d'au moins 250 personnes.
"Mais, dès que c'est pour une +teuf+, la préfecture dit +non+", affirme Sacha, qui dénonce une "discussion impossible" avec les autorités.
Avec quelques amis, ils sont arrivés avant la nuit. Le déchargement du matériel - des enceintes aux sacs poubelles - est rapide pour éviter d'être repérés sur ce site isolé où ne subsistent que quelques ruines d'un village de vacances abandonné, à côté de champs d'oliviers et d'un élevage de chèvres.
A la lumière d’une lampe torche, le DJ Orang3 installe ses platines. Il arrive d'Italie où le gouvernement de Giorgia Meloni a interdit dès son arrivée au pouvoir les free parties, passibles de six ans de prison. "Chez nous, la situation est devenue très compliquée, alors que la musique c'est la culture, l'art et tu ne devrais pas devoir payer pour ça. Ici, c'est un espace ouvert où tout le monde est accepté", dit-il.
- "Une vie un peu triste" -
Lou, photographe de 33 ans, avoue avoir hésité à venir. "Même si la loi n'est pas encore passée, on était inquiets: est-ce qu’on est sûr qu’il n’y aura pas déjà la police, est-ce que ça va vraiment avoir lieu, est-ce que ça va bien se passer ?". Le texte, s'il est adopté, prévoit une amende de 1.500 euros pour les participants, 3.000 en cas de récidive.
Aux platines, les DJs se succèdent. Aux basses sourdes se mêlent des sonorités orientales, dentelles et strass côtoient des sweats à capuche.
"On essaie de développer quelque chose de vraiment inclusif et +safe+ pour tout le monde", explique Sacha, qui veut aussi offrir un espace à "la communauté queer qui n'a pas de lieux à Marseille pour faire la fête".
"Dans le Sud, on n'a pas la culture des clubs, et le peu de soirées organisées coûtent assez cher, 15 ou 20 euros l'entrée, explique Lou. Et puis, les +free+ c’est vraiment un endroit où on se sent en sécurité".
"Du fait qu’on soit en autogestion, on prend plus soin les uns des autres, que ce soit sur la consommation (de drogue ou d'alcool, NDLR) ou sur le consentement", dit aussi Alexia, alors que parmi les motifs de la proposition de loi figurent "l’usage de la soumission chimique" et "l'incitation à la consommation de drogue".
Pour Margot, 29 ans, venue à vélo, "avec la loi, tragiquement, ce qui va se passer, c’est que, comme c’est plus risqué, les endroits seront encore plus éloignés, ce sera moins encadré, et s'il y a des problèmes ce sera des problèmes plus graves".
Au fil de la nuit, de petits groupes s'écartent pour discuter ou se promener, quand d'autres vont graffer à la bombe des ruines déjà largement taguées.
Parmi les danseurs, le lever du soleil est salué par des cris de joie. "Je pense que les gens qui vont voter cette loi ont une vie un peu triste...", lâche Sacha.