Depuis les Canaries, le pape interpelle le monde sur le sort des migrants
information fournie par AFP 11/06/2026 à 04:23

Le pape Léon XIV à Barcelone, en Espagne, le 10 juin 2026 ( AFP / Josep LAGO )

Léon XIV rencontrera jeudi des migrants dans le port d'Arguineguín, sur l'île espagnole de Grande Canarie, où beaucoup sont arrivés après avoir survécu à une périlleuse traversée dans l'Atlantique, pour un hommage en forme de message politique adressé au monde entier.

Le pape réalise ainsi le souhait de son prédécesseur François, le pape argentin mort il y a un an sans avoir pu effectuer ce voyage dans l'archipel des Canaries, situé au large des côtes du nord-ouest de l'Afrique, où plus de 46.000 personnes sont arrivées en 2024, une année record, en bravant la mer à bord d'embarcations de fortune.

Léon XIV arrivera jeudi à la mi-journée, peu avant 11H00 GMT, au port d'Aguineguín, où il écoutera le témoignage de migrants, et déposera une offrande florale avant de prononcer un discours.

"À l'époque, nous avons vécu ici de nombreuses émotions, nous continuons d'en vivre beaucoup. De la joie en de nombreuses occasions, parce que l'intervention s'est bien passée", explique à l'AFP José Antonio Rodríguez Verona, responsable régional de la Croix-Rouge chargé de la première intervention d'urgence auprès des populations migrantes.

"Et d'autres fois, nous avons aussi été abattus, car certaines personnes qui arrivent au pied du quai décèdent ou sont déjà décédés", ajoute-t-il.

"Braquer un faisceau sur la migration"

L'an dernier, près de 1.200 migrants sont morts ou ont disparu sur la route vers ces îles espagnoles, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

"Le pape François nous a écrit une lettre dans laquelle il nous disait deux choses. La première était son désir de venir encourager et accompagner le peuple des Canaries et l'Église des Canaries dans la réponse qu'ils apportaient à la migration", se rappelle pour l'AFP José Mazuelos, évêque du diocèse des Canaries.

L'autre message du pape, a ajouté José Mazuelos, était sa volonté de "braquer un faisceau de lumière sur la question et la réalité de la migration".

Pour tout cela, "le port d'Arguineguín, que l'on a appelé +le quai de la honte+, parce que plus de 3.000 personnes arrivées en même temps y ont été entassées pendant la pandémie de Covid-19, était un lieu emblématique", conclut l'évêque.

La présence du pape sur place vise à "changer cette image de quai de la honte, qui a été la conséquence d'une mauvaise gestion du système d'accueil humanitaire, pour en faire le quai de l'intégration", souhaite Caya Suárez, secrétaire générale de Cáritas des Canaries.

Parmi les personnes qui rencontreront jeudi à Arguineguin Léon XIV, d'autres ont toutefois eu un parcours différent, comme Cecilia Tinoco, 33 ans, arrivée en avion aux Canaries, comme de nombreux autres migrants originaires d'Amérique latine.

Péruvienne comme le pape, né aux Etats-Unis mais qui a aussi la nationalité péruvienne, elle se réjouit de le rencontrer. "Il a été lui-même un pape migrant. Il a vécu au Pérou", fait-elle valoir, rappelant le passé du souverain pontife comme évêque du diocèse péruvien de Chiclayo.

"Apporter une réponse coordonnée"

La question de l'accueil des migrants est chère à Léon XIV, qui a déjà abordé ce sujet lundi lors de son discours devant le Congrès des députés espagnol, à un moment où les politiques migratoires se durcissent dans de nombreux pays et où l'Espagne fait justement figure d'exception avec des mesures beaucoup plus libérales.

"Il est indispensable d'apporter une réponse coordonnée, solidaire et efficace, capable de garantir protection, accueil et réelles opportunités d'intégration" aux migrants, avait-il alors plaidé, appelant à des efforts internationaux.

Avant la Grande Canarie, Léon XIV s'est rendu à Madrid et Barcelone au cours de son voyage en Espagne entamé samedi dernier. Cette visite s'achèvera vendredi sur une autre île de l'archipel des Canaries, Tenerife, où il se rendra également dans un centre pour migrants avant une dernière messe en plein air sur le port de Santa Cruz.

À Barcelone, il a célébré une messe dans la célèbre basilique de la Sagrada Familia, puis a béni la tour de Jésus Christ, qui, avec ses 172,5 mètres, en fait l'église la plus haute du monde, lors de l'un des moments les plus attendus de son voyage.