Défense, minerais, sécurité : le Pakistan engage un cabinet de lobbying américain pour faire pression sur les Etats-Unis information fournie par Boursorama avec Media Services 17/07/2026 à 12:10
Selon une source proche du dossier, la médiation du Pakistan dans les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran a ouvert une fenêtre d'opportunité.
Objectif : faire pression sur Washington et renforcer la coopération en matière de sécurité ainsi que les investissements miniers. Le Pakistan - projeté sur le devant de la scène internationale comme médiateur dans la guerre au Moyen-Orient - a engagé un cabinet de lobbying américain. Le contrat, d'une valeur d'1,2 million de dollars pour une durée de deux ans, a pris effet en mai et couvre une période que les responsables et les experts jugent cruciale pour transformer la bonne image du Pakistan auprès de l'administration Trump en avantages concrets. Une tâche qui pourrait s'avérer ardue.
"Il est difficile de savoir combien de temps durera cette amélioration spectaculaire des relations, compte tenu de l'histoire mouvementée de leurs rapports", estime Maleeha Lodhi, ancienne ambassadrice du Pakistan à Washington. "On peut également se demander si cette amélioration survivra à Trump", s'interroge-t-elle. Le contrat charge le groupe Ervin Graves, basé à Washington, d'établir des contacts avec le Congrès américain et le gouvernement, ainsi que d'organiser des réunions avec des responsables du Pentagone et du Conseil national de sécurité.
Cette pratique n'est pas rare. Des gouvernements du monde entier engagent des cabinets de conseil pour renforcer leur visibilité auprès d'acteurs influents proches du gouvernement américain. Le dernier contrat pakistanais avec Ervin Graves, rendu public en vertu d'une loi américaine, révèle les priorités d'Islamabad. Il met en évidence des efforts pour des investissements miniers et pour rétablir les mécanismes de coopération en matière de défense qui existaient jusqu'en 2021, pendant la guerre en Afghanistan.
Mettre l'accent sur les "menaces émanant d'Afghanistan"
"Cet accord met en avant certains aspects de la relation qui correspondent aux priorités de l'administration Trump, notamment en matière de minerais stratégiques et de lutte contre le terrorisme, tout en témoignant d'une volonté de mobiliser le Congrès afin d'élargir la base de soutien à ce partenariat", analyse Elizabeth Threlkeld, ancienne diplomate américaine au Pakistan et directrice du programme Asie du Sud du Stimson Center. Une disposition du contrat vise à mettre l'accent sur les "menaces émanant d'Afghanistan" et à "encourager le maintien du soutien américain aux efforts antiterroristes du Pakistan", alors même qu'Islamabad mène des frappes contre son voisin.
"Les Etats-Unis et le Pakistan continuent d'identifier des domaines de coopération qui profitent à nos deux pays, notamment en matière de commerce et de certaines priorités concernant la sécurité", a indiqué le département d'Etat américain à l'AFP. Le ministère pakistanais des Affaires étrangères n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.
Asim Munir, chef de l'armée pakistanaise, "maréchal préféré" de Donald Trump
Les relations étroites entre Asim Munir, le puissant chef de l'armée pakistanaise, et Donald Trump ont renforcé l'influence d'Islamabad dans les échanges. Le président américain estime même qu'il est son "maréchal préféré". Selon une source proche du dossier, la médiation du Pakistan dans les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran a ouvert une fenêtre d'opportunité. "Nous voulons aller au-delà des relations personnelles afin que cette relation repose davantage sur des bases institutionnelles et puisse perdurer au-delà des changements de gouvernement", a déclaré cette source sous couvert d'anonymat.
Les relations entre Islamabad et Washington s'étaient détériorée depuis le retrait des forces américaines d'Afghanistan en 2021. Le Pakistan a chargé Ervin Graves de reprendre "les travaux du Groupe consultatif de défense (DCG) ou d'autres mécanismes appropriés de dialogue bilatéral de haut niveau en matière de défense et de sécurité", indique le contrat, faisant référence à l'instance qui avait servi de cadre à la coopération entre les deux pays à cette époque.
A son apogée, ce partenariat s'accompagnait de milliards de dollars américains versés au Pakistan, sur lequel Washington comptait pour ses voies d'approvisionnement militaires et ses opérations antiterrorisme. Mais l'accord a subi un coup dur en 2011, lorsque les forces américaines ont retrouvé Oussama ben Laden, le cerveau des attentats du 11 septembre 2001, au Pakistan. "Il n'existe aujourd'hui aucune aide directe des Etats-Unis qui vaille la peine d'être mentionnée", estime Shuja Nawaz, chercheur à l'Atlantic Council. Mais une source pakistanaise proche des services de sécurité a indiqué à l'AFP que les liens en matière de défense se poursuivaient : "si l'ampleur et l'intensité de la coopération ont fluctué (...), la collaboration en matière de sécurité n'a que rarement cessé".
Les minerais, une priorité stratégique de l'administration Trump
Le contrat comporte une section dédiée au secteur des minerais, une priorité stratégique de l'administration Trump. "Le cabinet doit soutenir les efforts visant à identifier les possibilités de coopération entre les Etats-Unis et le Pakistan dans le domaine des minerais critiques", précise le document. Ces efforts pourraient aller dans le sens de l'intérêt américain pour les activités minières dans le Baloutchistan (sud-ouest), où un plan américain d'1,25 milliard de dollars a été annoncé en décembre dans une mine de cuivre et d'or.
Cette province pakistanaise abrite l'une des plus grandes réserves inexploitées de cuivre au monde, mais elle est peu développée et est le théâtre d'insurrections. Des projets de la Chine, qui dispose d'une longueur d'avance sur Washington, y ont été la cible d'attaques. "Le Pakistan doit mettre de l'ordre dans ses affaires intérieures pour devenir une économie forte et attractive pour les investissements étrangers", estime M. Nawaz. "Quand ce sera le cas, l'intérêt des Etats-Unis s'intensifiera."