Décès du peintre allemand Georg Baselitz, connu pour ses tableaux à l'envers
information fournie par AFP 30/04/2026 à 20:30

L'artiste allemand Georg Baselitz devant certaines de ses œuvres exposées au Centre Pompidou avant l'exposition "Baselitz - la rétrospective" à Paris, le 16 octobre 2021 ( AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT )

Le peintre, dessinateur, graveur et sculpteur allemand Georg Baselitz, mort jeudi à l'âge de 88 ans, est une figure majeure de l'art contemporain, connu pour son interprétation protéiforme des traumatismes de l'histoire allemande et ses tableaux à l'envers.

La galerie Ropac, avec qui il a longtemps travaillé, a confirmé sa mort à l'AFP, publiant la nécrologie partagée par sa famille.

Georg Baselitz, qui a "profondément influencé ses contemporains et les artistes après lui, est mort paisiblement", résume la nécrologie.

Cet artiste contemporain majeur, né dans l'Allemagne nazie de parents instituteurs et qui a grandi sous le régime totalitaire d'Allemagne de l'Est, laisse une œuvre s'étalant sur six décennies, se jouant de toutes les techniques sur très grands formats.

L'artiste allemand Georg Baselitz devant son œuvre de 2013 "Blawl Rellief" (rau will mecht nich mehrt) lors de l'exposition "Farewell Bill" à la galerie Gagosian de Londres, le 13 février 2014 ( AFP / JUSTIN TALLIS )

Hans-Georg Bruno Kern, né en 1938 à Deutschbaselitz, non loin de Dresde en Saxe (est), avait adopté en 1961 le pseudonyme de Georg Baselitz en référence à sa ville natale.

Il quitte l'Allemagne de l'Est en 1957, après avoir été rejeté par l'Académie des beaux-arts de Dresde et celle de Berlin-Est. Il subit une "pression politique", rappelle la nécrologie, et craint d'être contraint de travailler à la mine.

Cette jeunesse marquée par "la destruction et les souffrances de la Seconde Guerre mondiale" l'a contraint à "remettre en question tout ce qui l'entourait", a souligné le président de la République fédérale allemande Frank-Walter Steinmeier dans un communiqué de condoléances.

- "Névrose allemande" -

Ses premières oeuvres ont donc été marquées par "la provocation contre l'héritage établi, contre les conventions sociales", souligne le chef d'État allemand.

Sa première exposition à Berlin-Ouest, en 1963, est ainsi qualifiée de "pornographie" par la presse. Deux de ses tableaux sont confisqués, l'exposition fermée et il est condamné à une amende.

L'artiste allemand Georg Baselitz à côté de son tableau "Schwester Rosi III" de 1995 lors de son exposition à Chemnitz, dans l'est de l'Allemagne, le 16 avril 2018 ( dpa / Sebastian Willnow )

Son succès est reconnu deux ans plus tard à Florence, où il expose son groupe des "Héros".

Ses oeuvres, qui font écho aux traumatismes de l'histoire allemande, de son groupe des Héros à ses peintures au doigt, en passant par les tableaux-fractures et les tableaux russes, sont aujourd'hui présentes dans les collections publiques parmi les plus prestigieuses.

"Tous les peintres allemands nourrissent une névrose vis-à-vis du passé allemand. C'est-à-dire la guerre, et surtout l'après-guerre, la RDA. Tout cela m'a plongé dans une profonde dépression et sous une pression immense. Mes tableaux sont, en quelque sorte, des batailles", confiait-il au Spiegel en 2013.

Il affirme également à l'hebdomadaire son opinion selon laquelle les femmes "ne peignent pas aussi bien" que les hommes.

"C'est un fait. Bien sûr, il y a des exceptions. Agnès Martin, ou, dans l'histoire, Paula Modersohn-Becker. (...) Mais même elle n'est ni Picasso, ni Modigliani, ni Gauguin", dit-il.

- "Choquer" le public -

Baselitz a non seulement peint, mais aussi dessiné, gravé, sculpté. C'est en 1969 qu’il débute son travail sur le renversement du motif, dont le premier tableau sera "Der Wald auf dem Kopf" (La Forêt sur la tête).

L'artiste allemand Georg Baselitz lors du vernissage de son exposition au musée Unterlinden de Colmar, le 9 juin 2018 ( AFP / SEBASTIEN BOZON )

Tous les sujets de son répertoire personnel sont alors tournés à l'envers (personnages, arbres, maisons, etc.) pour affirmer la primauté du regard sur le sujet. Son travail emprunte aussi bien à l’expressionnisme allemand qu’à la peinture américaine (Jackson Pollock, Willem de Kooning) et au Pop art.

"Comme tout artiste, je veux créer quelque chose d'inconnu pour l'autre. Il sera choqué par ce qu'il verra. Et une fois le choc passé, il percevra peut-être quelque chose… ou peut-être pas. C'est le but de tout artiste", a-t-il déclaré au quotidien Süddeutsche Zeitung lors d'une interview en janvier dernier.

L'artiste allemand Georg Baselitz au Centre Pompidou avant l'exposition "Baselitz - la rétrospective" à Paris, le 16 octobre 2021 ( AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT )

Sa femme, Elke Kretzschmar, rencontrée peu après son installation à Berlin-Ouest et avec qui il s'était marié en 1962, devient aussi un sujet majeur de son art à partir des années 1970.

A Paris, sa carrière avait connu un double couronnement ces dernières années avec son élection à l'Académie des Beaux-Arts en 2019, puis une grande exposition rétrospective en 2021 au Centre Pompidou, un des principaux musées européens d'art moderne et contemporain.

L'académie des Beaux-Arts de Paris a accueilli la nouvelle de sa mort avec tristesse. L'un de ses membres, le compositeur et chef d'orchestre Laurent Petitgirard, a salué "l'une des oeuvres et consciences artistiques majeures du monde contemporain".