Décès du dramaturge Valère Novarina, dynamiteur du langage
information fournie par AFP 17/01/2026 à 12:26

Le dramaturge, auteur et peintre franco-suisse Valère Novarina, le 7 janvier 2011 au théâtre de l'Odéon à Paris, où se jouait alors sa pièce "Le vrai sang" ( AFP / MARTIN BUREAU )

Le dramaturge, auteur et peintre franco-suisse Valère Novarina, décédé à l'âge de 83 ans, était un dynamiteur du langage, auteur de pièces où les mots déferlaient en rangs serrés.

L'artiste s'est éteint vendredi, a précisé samedi à l'AFP Richard Pierre, régisseur général de sa compagnie, la troupe Union des contraires.

Avec une cinquantaine de pièces, dont la plupart éditées chez P.O.L, le théâtre de Valère Novarina est surprenant, provocateur.

Ses pièces, jouées presque tous les ans au Festival d'Avignon, haut lieu de la création théâtrale en France, ne sont pas toujours reprises en tournée. Les programmateurs sont à la recherche de spectacles "consensuels, où le langage recule devant l'émotion diffuse", expliquait-il en 2015.

"Le spectateur est traité comme un troupeau ... moi je cherche plutôt à atteindre chaque individu comme s'il était transpercé par une flèche", ajoutait-il.

Franc-tireur se définissant comme "un pirate" en dehors de toute structure, il s'intéresse au langage, une passion cultivée très tôt, dans les alpages savoyards où il passait ses vacances, cachant ses "écrits scientifiques" sous les pierres ou les ardoises.

Représentation de "L'acte inconnu", pièce écrite et mise en scène par Valère Novarina, à Avignon, le 06 juillet 2007 à Avignon ( AFP / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT )

Né dans la banlieue de Genève, il passe son enfance et son adolescence au bord du lac Léman et dans la montagne. A Paris, il étudie la littérature et la philosophie, rencontre les metteurs en scène Roger Blin et Marcel Maréchal, l'écrivain et philosophe Jean-Noël Vuarnet; il envisage brièvement de devenir acteur avant de se consacrer à l'écriture.

Une deuxième vocation pour le dessin et la peinture s'épanouit peu à peu, au service des personnages puis des décors des pièces qu'il met en scène lui-même à partir de 1986.

Pour lui, les mots sont "une matière, et surtout un espace, il y a là dedans de la physique des fluides". Ses textes explosent les codes du langage, entre poésie et théâtre, inclassables, longs et touffus. Ils figurent au début des années 2010 au programme du baccalauréat littéraire, option théâtre.

Il ne compte plus les spectateurs ou même acteurs qui avouent ne rien comprendre à ses textes mais semble ne pas s'en formaliser.

- Fan de de Funès -

Lors de la création de "L'Atelier volant" en 1974, sa première oeuvre publiée, des rangées entières de spectateurs quittent la salle.

La création du "Drame de la vie" en 1986 au Festival d'Avignon, qu'il monte lui-même faute d'avoir trouvé un metteur en scène, donne lieu à une "mini bataille d'Hernani", se souvient-il. "Les acteurs étaient acclamés par une moitié de la salle et hués par l'autre".

Scène d'une adaptation lyrique de "La métamorphose" de Franz Kafka par le compositeur Michaël Levinas, mise en scène par Valère Novarina, à l'Opéra de Lille, le 3 mars 2011 ( AFP / PHILIPPE HUGUEN )

A un spectateur qui lance "ce n'est pas cette scatologie névrotique qui tirera le théâtre de l'ornière!", le comédien André Marcon rétorque: "Retourne dans ta caravane!".

Le théâtre de Valère Novarina est drôle aussi. Lui-même est un fan absolu du cirque et des acteurs comiques, Louis de Funès en tête. Il lui a d'ailleurs consacré un texte, "Pour Louis de Funès".

Novarina "adore les acteurs". "Ce sont les acteurs qui trouvent tout, il y a une sorte de somatisation de la parole qui se fait, il faut que le théâtre descende dans les pieds!"

Lauréat de plusieurs prix, dont le grand prix du théâtre de l’Académie française (2007) ou le Grand Prix de Littérature Paul Morand de l’Académie Française (2020), il sera en mars 2017 candidat malheureux à l'Académie française pour le siège vacant du philosophe René Girard.