Dans le sud de la Syrie, des familles inquiètes pour leurs fils aux mains d'Israël
information fournie par AFP 01/05/2026 à 17:18

Fatima al-Safadi se tient dans sa maison à côté des portraits de ses deux fils détenus par Israël, le 29 avril 2026 à Beit Jinn dans le sud de la Syrie ( AFP / Bakr ALkasem )

Au moindre coup à sa porte, Fatima al-Safadi s'imagine revoir ses deux fils, enlevés il y a près d'un an avec d'autres par Israël lors d'une de ses nombreuses incursions dans le sud de la Syrie.

Depuis la chute de Bachar al-Assad, en décembre 2024, Israël a mené des centaines de frappes en Syrie et plusieurs opérations dans le sud du pays, au cours desquelles une cinquantaine de personnes ont été capturées, selon des estimations officielles syriennes.

Les deux fils de Fatima al-Safadi, Mohammad (40 ans) et Ahmad (36 ans), figurent parmi les sept personnes que l'armée israélienne avait dit avoir appréhendées lors d'une "opération ciblée" le 12 juin à Beit Jinn, un village proche de Damas, avant de les transférer en Israël pour interrogatoire.

Fatima al-Safadi porte son chat dans les rues de son village de Beit Jinn, le 29 avril 2026 dans le sud de la Syrie ( AFP / Bakr ALKASEM )

Assise à même le sol dans sa modeste maison au pied du Mont Hermon, Fatima, 57 ans, serre contre elle la photo de ses enfants.

"J'entends parfois frapper à la porte, je me précipite pour l'ouvrir, mais je ne trouve personne", confie-t-elle à l'AFP. "Je redoute leur sort et je crains qu'ils ne soient pas libérés", ajoute-t-elle d'une voix tremblante.

Elle explique que sa "joie de célébrer la libération de la Syrie" avec la chute d'Assad a été assombrie "par quelque chose de plus dur" avec ces incursions.

- "Sans inculpation" -

Aïcha al-Safadi tient une photo de son fils Hassan, détenu par Israël, le 29 avril 2026 à Beit Jinn ( AFP / Bakr ALkasem )

Fin 2024, Israël a déployé des forces dans la zone tampon démilitarisée du Golan entre les deux pays, à 12 km de Beit Jinn.

Aïcha al-Safadi, une autre habitante de 53 ans, ne peut retenir ses larmes dès que son regard se pose sur la photo de son fils Hassan, emmené depuis Beit Jinn en juin 2025.

"Je compte mes jours et mes nuits" dans l'espoir de son retour, lâche-t-elle.

Entourée de ses trois petits-enfants, elle implore "le gouvernement syrien (...) de nous aider à ramener d'Israël nos fils par tous les moyens comme il l'avait fait pour la libération de détenus dans des pays arabes".

Un poste de la Force des Nations unies chargée d'observer le désengagement (Fnuod) détruit dans la province de Qouneitra, dans le sud de la Syrie, le 22 avril 2026 ( AFP / Bakr ALkasem )

Le 28 novembre 2025, l'armée israélienne a en outre mené dans ce village une opération meurtrière faisant 13 morts, affirmant viser un groupe islamiste.

Selon un rapport de Human Rights Watch publié fin avril, "depuis la chute du gouvernement Assad, les forces israéliennes ont (...) établi plusieurs positions militaires à l'intérieur de la Syrie" et "arrêté arbitrairement des civils syriens, et les ont transférés en Israël, où ils sont détenus sans inculpation et au secret".

- "Dans la douleur" -

Le long de la route reliant Damas à Beit Jinn, la présence militaire syrienne se limite à des postes de contrôle tenus par des agents munis d'armes légères. Les blindés lourds, eux, ont déserté les abords du mont Hermon.

Photo prise depuis le village de Beit Jinn, dans le sud de la Syrie, montrant un poste d'observation israélien au sommet du mont Hermon, le 29 avril 2026 ( AFP / Bakr ALKASEM )

Les forces israéliennes contrôlent désormais une position permanente au sommet du mont.

Assis derrière son bureau dans un bâtiment gouvernemental près d'une base israélienne récemment installée, le responsable de la province de Qouneitra, Mohammad al-Saïd, fait état de "l'enlèvement par l'armée israélienne de plus de cinquante personnes" originaires de la région.

Israël "a occupé de nouveaux territoires sur une profondeur comprise entre 500 mètres et un kilomètre, couvrant environ 240 kilomètres carrés", où ses forces "ont installé des barrages temporaires et pris d'assaut des maisons", affirme-t-il.

Selon un porte-parole de l'armée israélienne, des individus ont été appréhendés lors d'opérations en Syrie "lorsqu'il existait un soupçon raisonnable de leur implication dans des activités terroristes contre l'Etat d'Israël".

Mohammad Mahmoud al-Sayed, un Syrien détenu pendant 65 jours par les forces israéliennes, le 29 avril 2026 à Khan Arnabeh ( AFP / Bakr ALkasem )

La détention peut être maintenue à titre sécuritaire "préventif (...) conformément au droit israélien et aux règles applicables du droit international", a-t-il précisé à l'AFP.

Dans la localité de Khan Arnabeh, à Qouneitra, Mohammad Mahmoud al-Sayed, 45 ans, se remémore avec amertume son arrestation par les forces israéliennes l'an dernier.

Assis dans son bureau, cet agent immobilier raconte ses 65 jours de détention, loin de sa famille.

"Chaque moment passait dans la douleur (...) Que dire de ceux qui ont passé plus d'un an sans aucune nouvelle de leur famille, et dont les proches restent eux aussi sans nouvelles?"