Dans le Golfe, le "mur de missiles" de la chasse française contre les drones iraniens
information fournie par AFP 28/04/2026 à 18:45

Un Rafale s'apprête à décoller pour une mission de police du ciel sur la base d'Orange le 28 avril 2026 ( AFP / Sylvain THOMAS )

Le drone Shahed apparaît sur l'écran infrarouge du Rafale puis un flash brillant fonce exploser contre sa cible en moins d'une seconde: dans la région du Golfe, l'armée de l'Air française a multiplié les tirs de missiles en défense des "pays partenaires" attaqués par l'Iran.

La vidéo de cette interception conduite de nuit est l'une des dizaines effectuées par les avions de combat français entre le début des hostilités le 28 février et la trêve entre les Etats-Unis et l'Iran le 8 avril.

Liée par des accords de défense avec le Koweït, le Qatar et les Emirats, la France a mis au service de ces pays visés par les représailles de Téhéran ses avions de combat déployés aux Emirats et en Jordanie, rapidement renforcés par au moins six appareils supplémentaires.

"Chaque pays assure sa défense aérienne et nous, on y contribue", explique le général Julien Sabéné depuis la "War Room" bardée d'écrans de la base de Lyon Mont-Verdun, d'où sont dirigées toutes les opérations aériennes françaises hors celles de la dissuasion nucléaire.

Un mécanicien aide un pilote de Rafale à s'équiper dans un abri protégé de la base aérienne d'Orange ( AFP / Sylvain THOMAS )

"Ca fait deux mois qu'on est sur la brèche", entre entraînements, missions de police du ciel ou encore exercice de raid nucléaire Poker, "le taux d’engagement de notre aviation de chasse a été ponctuellement de 80%, ce qui est énorme", ajoute-t-il.

Au cours des premières semaines du conflit, environ 80 missiles air-air Mica, selon des sources informées du dossier, ont été tirés par les Rafale français contre des drones et des missiles de croisière.

- "Hordes de drones" -

Sur la base aérienne d'Orange, dans le sud de la France, où il est rentré après un déploiement dans la région, le commandant Quentin, qui n'est pas autorisé à divulguer son patronyme, évoque un "mur de radars et de missiles dressé pour intercepter tout ce qui pourrait arriver".

Les Rafale se voyaient fixer une zone à défendre par le pays partenaire - l'armée de l'Air et de l'Espace a pour consigne de ne pas en dévoiler le nom - contre toute incursion de drone ou missile.

Des pilotes de Rafale de l'escadron 1/5 Vendée étaient récemment déployés au Moyen-Orient ( AFP / Sylvain THOMAS )

Lors de ces patrouilles, "parfois, c'est long, il ne se passe rien du tout, parfois il y a des vagues, des hordes de drones, de missiles de croisière" à intercepter, raconte le capitaine Louis de l'escadron 1/5 Vendée, lui aussi de retour de déploiement.

Les avions étaient également en alerte au sol, capables de décoller en quelques minutes pour intercepter des drones volant très bas passés au travers des mailles de la couverture radar. "Cela a représenté un volume conséquent en termes de sorties et d'activité", selon le commandant Quentin.

Ces décollages sur alerte, les Rafale d'Orange y sont rompus, habitués au quotidien aux missions de police du ciel au-dessus du territoire français.

- Hélicoptères et canon -

Mais le Moyen-Orient a été un accélérateur d'expérience pour les pilotes du Vendée, dont "la moitié du détachement n'avait jamais tiré de missile air-air" auparavant, selon le commandant Quentin.

A plus de 600.000 euros le missile Mica et des stocks limités, il a vite fallu trouver d'autres moyens pour lutter contre la masse de drones et de missiles lancés par l'Iran. Les seuls Emirats ont à eux seuls été visés par plus de 2.800 d'entre eux avant la trêve, selon le ministère émirien de la Défense.

L'armée de l'Air a donc déployé des moyens de défense sol-air dans la région, dont un système SAMP/T dont le missile est aussi très coûteux, ainsi que deux hélicoptères Fennec armés d'un canon de 20 mm ou d'un tireur embarqué.

Un hélicoptère Fennec armé d'un canon de 20 mm sur la base aérienne d'Orange le 28 avril 2026 ( AFP / Sylvain THOMAS )

"Nous on était en deuxième rideau, plus proches des zones sensibles dans les basses couches, à faible vitesse", idoines pour l'interception des Shahed, confie le lieutenant-colonel Sébastien, chef du détachement Fennec. L'armée de Terre a de son côté déployé des hélicoptères de combat Tigre pour la même mission.

L'armée de l'Air et de l'Espace a également adapté en urgence la conduite de tir du canon du Rafale pour pouvoir tirer contre des cibles lentes et s'apprête à équiper l'avion de paniers de roquettes, bien moins coûteuses qu'un missile.

Au total, les Rafale français ont effectué à ce stade 360 missions, les Fennec une trentaine.