Danemark-Fragilisée, Frederiksen devra composer avec les autres partis pour rester en poste
information fournie par Reuters 25/03/2026 à 15:10

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par Stine Jacobsen et Soren Jeppesen

La Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, a remis mercredi la démission de son gouvernement au lendemain d'un désaveu électoral qui fragilise la coalition sortante pour les délicates négociations politiques à venir.

Le Parti social-démocrate de la Première ministre a connu mardi son pire résultat électoral depuis 1903, ne remportant que 38 sièges sur les 179 sièges du Parlement lors d'élections législatives anticipées.

Le bloc de gauche qui compose le gouvernement sortant a remporté au total 84 sièges, à six sièges de la majorité absolue, alors que le bloc de droite s'est adjugé 77 sièges.

Selon des analystes, ce résultat traduit un mécontentement des électeurs face aux promesses économiques non tenues du gouvernement centriste sortant, et témoigne de la lassitude de l'électorat à l'égard de Mette Frederiksen, au pouvoir depuis juin 2019.

Néanmoins, les sociaux-démocrates restent le premier parti du Danemark avec 21,9% des voix, ce qui place Mette Frederiksen dans une position de favorite pour briguer un troisième mandat, même si cela passera par de longues et difficiles négociations.

"C'est le paradoxe de cette élection : la grande perdante, Mette Frederiksen, est également la favorite pour devenir la prochaine Première ministre", observe le politologue Noa Redington.

La position du Parti modéré, centriste, dirigé par le ministre des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen, pourrait être décisive, avec 14 sièges.

Les chefs de parti devaient tenir mercredi des entretiens individuels avec le roi Frederik X afin de proposer un candidat consensuel.

Mette Frederiksen a reconnu la fragmentation du paysage électoral lors d’un débat mercredi, affirmant que le résultat excluait la possibilité de former un gouvernement traditionnel de droite ou de gauche.

"Il ne nous reste donc plus qu’à coopérer. C’est le message à retenir", a-t-elle déclaré.

PERCÉE DE L'EXTRÊME DROITE

Depuis 2022, la Première ministre dirigeait une grande coalition regroupant les sociaux-démocrates, le Parti libéral (de centre-droit) et les Modérés. Le chef du Parti libéral, le ministre de la Défense Troels Lund Poulsen, a déclaré qu’il n’était plus intéressé par une coalition avec Mette Frederiksen.

Selon les analystes, les enjeux de politique intérieure ont éclipsé le soutien que Mette Frederiksen avait pu gagner grâce à sa fermeté face aux ambitions du président américain Donald Trump d'acquérir le Groenland, territoire semi-autonome du Danemark.

"Cette défaite est plus importante que ce que l'on pourrait expliquer uniquement par le coût de la gestion du pays", juge Rune Stubager, politologue à l'université d'Aarhus.

Il impute ce revers à des décisions économiques qui n'ont pas trouvé d'écho auprès des électeurs, telles que la suppression controversée d'un jour férié, les réductions d'impôts pour les hauts revenus et une proposition visant à instaurer un impôt sur la fortune.

Ces législatives reflètent également une tendance plus large des électeurs à se détourner des partis centristes au profit d'alternatives anti-immigration ou de gauche.

Les partis nationalistes de droite ont augmenté leur part des voix à 17%, contre 14,4% en 2022, tandis que le Parti populaire socialiste a également gagné du terrain.

Le Parti populaire danois, anti-immigration, a capitalisé sur les inquiétudes liées à l'inflation et au coût de la vie, en promettant de réduire les taxes sur les carburants et en organisant des événements de campagne proposant de l'essence à prix réduit aux automobilistes, note Rune Stubager.

Si les politiques d'immigration strictes de Mette Frederiksen restaient globalement en phase avec l'opinion publique, c'est le programme économique national, plutôt que sa position sur l'immigration, qui a pesé le plus lourd dans les urnes.

(Avec Louise Rasmussen, Ilze Filks, Tom Little et Leonhard Foeger à Copenhague, Tim Barsoe à Nuuk et Oliver Barth à Graested, rédigé par Justyna Pawlak ; version française Camille Raynaud et Etienne Breban, édité par Sophie Louet)