Cyclisme/Tour de France-Veistroffer, roi des échappés et nouvelle coqueluche du public tricolore information fournie par Reuters 14/07/2026 à 13:59
par Vincent Daheron
Lundi midi, première journée de repos du Tour de France, un coureur tricolore enchaîne les autographes et les photos avec des enfants qui n'ont d'yeux que pour lui sur la place de l'hôtel de ville d'Aurillac (Cantal). Paul Seixas ? Raté, la vedette s'appelle Baptiste Veistroffer.
Derrière le prodige de 19 ans, sixième du général après neuf étapes et véritable attraction du public, Baptiste Veistroffer est la nouvelle coqueluche du public.
"Il y a vraiment un engouement et une ferveur du public français, de plus en plus, autour de moi et j'en suis content, mais je vais rester moi-même", a-t-il expliqué lundi à quelques médias, dont Reuters. "Je cherche juste à être moi-même, à faire plaisir et à partager. Pour moi, c'est un bonheur de voir tous ces gens qui ont le sourire. Rendre heureux, c'est ce que j'aime."
Le Breton de 26 ans n'est "que" 149e au classement général, à plus de deux heures du maillot jaune de Tadej Pogacar (UAE Team Emirates-XRG), n'a jamais fait mieux qu'une 81e place sur une étape et n'a pas non plus porté de maillot distinctif.
Lui, son truc, c'est de s'échapper, même quand l'entreprise est vouée à l'échec. Seul fuyard pendant 144 kilomètres sur la cinquième étape, il a récidivé deux jours plus tard pendant 157 bornes, avec un compagnon cette fois, ce qui a permis de tuer l'ennui d'une journée promise aux sprinteurs.
Depuis le début de saison, le coureur de l'équipe Lotto-Intermarché a passé 2.253 kilomètres échappé, personne ne fait mieux. L'Espagnol Raul Garcia Pierna (Movistar), deuxième, pointe 500 bornes plus loin au classement.
Paré derrière la voiture de la direction de course pendant le défilé, il attaque dès que Christian Prudhomme, le patron du Tour, agite le drapeau au kilomètre zéro.
Devant, seul ou accompagné, l'ancien triathlète ne s'ennuie jamais.
"On pense à tous les entraînements qu'on a faits. On pense qu'on est sur la plus grande course cycliste au monde en tant que Français, en France", résume le coureur le plus combatif de la première semaine, les étoiles dans les yeux. "C'est une chance incroyable, je me sens très chanceux dans ces moments-là."
"LA CASQUETTE D'AVENTURIER"
Mais parfois, les pensées se perdent à mesure que les kilomètres et le paysage défilent.
"L'étape où j'étais échappé tout seul, on est passé dans un petit marché intérieur, c'était très joli. Tu regardes le paysage, tu profites des routes", poursuit-il. "Tu penses à tout et rien, c'est vague. Tu te dis : 'Oh, j'ai oublié d'aller faire les courses ce matin' ou 'Ma valise, j'ai mis ça dedans'. Et cinq minutes après : 'Allez, fais-toi mal'. Tu passes par toutes les émotions."
Parce que Baptiste Veistroffer sait se faire mal et faire mal aux équipes qui le poursuivent. Il n'est pas surnommé "Le sanglier de Fouesnant" pour rien.
"C'est que je roule vite, c'est plus dur pour tout le monde. Mais c'est la loi du sport", ajoute-t-il.
Passer du temps seul ne le dérange tellement pas qu'il se rajoute des kilomètres en solitaire lors de longs séjours en bikepacking en fin de saison.
"J'ai plusieurs casquettes dans le vélo : la casquette d'équipier, la casquette de baroudeur, mais j'ai aussi la casquette d'aventurier", dit-il.
Ses voyages à bicyclette l'ont déjà emmené en Thaïlande et aux États-Unis. Sa prochaine aventure ?
"J'ai prévu d'aller faire le Vietnam et le Laos. C'est ma casquette d'aventurier qui parle."
D'ici là, nul doute que le public le reverra de nouveau dans les échappées avec l'objectif d'ajouter un deuxième succès chez les professionnels à son palmarès après sa victoire d'étape sur le Tour d'Oman en février.
"Maintenant, le but serait d'en claquer une, mais c'est le Tour. Quand on voit tous les vainqueurs pour l'instant, on ne gagne pas sur le Tour par hasard", concède-t-il. "Il faut être un grand nom, je suis encore loin de l'être."
(Reportage de Vincent Daheron au Lioran)