Cyclisme-"Ma chute en 2019 a été le tournant de ma carrière", dit Froome
information fournie par Reuters 18/07/2026 à 15:41

Tour de France

par Vincent Daheron

Le Britannique Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour de France, ‌a estimé dans une interview à Reuters que sa grave chute lors du Critérium du Dauphiné 2019 avait été "l'énorme tournant de [sa] carrière", à laquelle il a officiellement mis fin au début du ​mois.

En juin 2019, à un peu plus de trois semaines du Tour de France, Chris Froome a heurté un mur lors de la reconnaissance d'un contre-la-montre individuel au Critérium du Dauphiné. Le verdict : des fractures du cou, du fémur, du coude, de la hanche et de plusieurs côtes.

"Cette chute sur le Dauphiné a clairement été un énorme tournant dans ma carrière", ​a déclaré Chris Froome à Reuters. "Je regrette cette chute. J'étais dans une position idéale pour venir me battre pour un cinquième Tour de France. Mais ça fait partie de mon histoire."

À l'époque, le Britannique était en quête d'une victoire qui lui ​aurait permis d'égaler le record de cinq succès sur la Grande Boucle de Jacques Anquetil, ⁠Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain, après ses triomphes en 2013, 2015, 2016 et 2017.

Le septuple vainqueur en grand tour n'a plus remporté la moindre course ‌après sa victoire sur le Giro 2018. Il était alors entré dans le cercle fermé des coureurs à avoir gagné les trois grands tours.

Malgré la déception, le Britannique estime qu'avoir poursuivi sa carrière après 2019 était la bonne décision.

"Si j'avais arrêté, j'aurais passé le reste de ma vie à ​me dire : 'Peut-être que j'aurais pu gagner un autre Tour de France.' ‌Et ça aurait probablement été plus destructeur pour moi. Maintenant, je sais que j'ai tout donné", dit-il.

"Ça a été difficile et ⁠il m'a clairement fallu du temps pour l'accepter. Je pense qu'il y a eu au moins deux ou trois ans pendant lesquels je courais encore après ce rêve."

"PAS EU L'OCCASION DE PARLER DE MA RETRAITE"

Après avoir passé la grande majorité de sa carrière au sein de l'équipe Sky, renommée ensuite Ineos, Chris Froome a rejoint en 2021 la formation Israel-Premier Tech pour ⁠les cinq dernières saisons de sa ‌carrière.

"Je savais, quand j'ai signé ce contrat, que ce serait le dernier", explique-t-il. "Je n'ai pas vraiment eu l'occasion de parler de ma retraite parce que ⁠j'ai eu cette chute à la fin du mois d'août dernier."

Il y a près d'un an, le coureur de 41 ans a subi une nouvelle chute sévère à l'entraînement, dans ‌le sud de la France. Il a souffert d'un pneumothorax, de cinq côtes cassées et d'une fracture des vertèbres lombaires.

"Personne ne souhaite subir une blessure qui ⁠met sa vie en péril, mais c'est le sport, c'est la vie", poursuit-il, ajoutant que la retraite est "un moment qu'[il] attendait ⁠dans [sa] vie, surtout après toutes ces chutes et ‌ces risques".

Il s'était déjà fracturé une clavicule en février 2025.

Ambassadeur d'une marque sur le Tour de France, le Kényan d'origine est de retour sur la course qui a fait sa ​légende. Il l'a remportée pour la première fois en 2013, un an après sa deuxième place ‌derrière son leader Bradley Wiggins.

"J'étais tellement motivé d'avoir cette opportunité de courir le Tour avec le soutien total de l'équipe, et tout s'est vraiment mis en place pour moi en 2013", se souvient-il. "Arriver à Paris en ​jaune, c'était un sentiment incroyable, un jour que je n'oublierai jamais."

"DIFFICILE À VIVRE"

Il a ensuite enchaîné trois victoires consécutives sur le Tour en 2015, 2016 et 2017, parfois avec un écart important sur ses rivaux, à l'image du Slovène Tadej Pogacar lors des deux dernières éditions, en 2024 et 2025.

Sifflé par certains supporters depuis le début de cette 113e édition, ⁠le Slovène a ravivé les souvenirs d'un Chris Froome chahuté sur les routes du Tour.

"J'ai connu une période compliquée, surtout avec le public français, et c'est compréhensible. Je suis Britannique, je viens gagner le Tour année après année", relativise-t-il, avant d'évoquer les soupçons de dopage dont il a fait l'objet au plus fort de sa domination.

"Je comprends, je connais l'histoire de ce sport. Mais quand vous n'avez rien fait de mal, c'est difficile à vivre sur le moment", dit-il.

"Je suis encore contacté par les autorités pour me dire qu'elles retestent des échantillons de Tours d'il y a huit, neuf, dix ans, et ça me rassure sur le fait que le système est là pour protéger ce sport. J'aime à penser que si ​quelqu'un triche, il sera démasqué."

(Reportage de Vincent Daheron au Markstein)