Cuba: premières libérations après l'annonce de la grâce de 2.000 prisonniers information fournie par AFP 03/04/2026 à 22:34
Les autorités de Cuba ont commencé à libérer des prisonniers vendredi après avoir annoncé la veille la grâce de 2.010 détenus, une deuxième vague de libérations en moins d'un mois alors que La Havane fait face à une pression accrue de la part des Etats-Unis.
Une vingtaine de prisonniers ont été libérés dans la matinée de la prison de La Lima, dans l'est de La Havane, ont constaté des journalistes de l'AFP. Leur certificat de libération en main, ils ont pleuré et étreint les proches venus les accueillir.
"Merci pour cette opportunité", a déclaré Albis Gainza, 46 ans, qui a purgé la moitié de sa peine de six ans de prison pour vol. "Il faut que cela continue" et que "davantage" de détenus soient relâchés, a-t-il dit à l'AFP.
Jeudi soir, le gouvernement cubain avait annoncé une vague de grâces présentée comme un "geste humanitaire" à l'occasion de la Semaine sainte.
La Havane n'a pas fait de lien avec les discussions en cours avec Washington, mais cette décision est intervenue quelques jours après que le président américain Donald Trump a desserré un blocus pétrolier de facto contre Cuba en autorisant un pétrolier russe à livrer du brut à l'île communiste en manque de carburant.
"On prétend que cela n'a rien à voir avec des négociations alors que c'est clairement le cas", estime Andres Pertierra, historien de Cuba à l'Université du Wisconsin, aux Etats-Unis, interrogé par l'AFP.
L'administration Trump a réclamé un changement de système sur l'île communiste de 9,6 millions d'habitants, et le président américain a laissé entendre qu'il pourrait "prendre Cuba". Mais les deux parties ont également tenu des pourparlers récemment.
La libération de prisonniers politiques est depuis longtemps une exigence centrale des Etats-Unis à l'égard de Cuba, mais on ignore si certains figurent parmi les graciés, aucune liste n'ayant été publiée.
Vendredi après-midi, l'organisation de défense des droits humains Cubalex, basée à Miami, a indiqué à l'AFP n'avoir pas encore pu confirmer la libération de prisonniers politiques.
Le département d'Etat américain a indiqué être au courant de l'annonce de libérations, mais ignorer "combien de prisonniers politiques seront libérés, ou s'ils le seront". "Nous continuons d'appeler à la libération immédiate des centaines d'autres courageux patriotes cubains qui restent détenus injustement", a indiqué un porte-parole à l'AFP.
Cuba compte 775 prisonniers politiques, selon l'organisation de défense des droits humains Justicia11J, qui recense les arrestations liées aux vastes manifestations antigouvernementales de juillet 2021.
- "Crimes contre l'autorité" -
Justicia11J a salué un "soulagement immédiat, en particulier pour les familles" mais averti que ces nouvelles libérations "ne constituent pas un changement dans les politiques répressives de l'Etat cubain".
Les autorités cubaines ont indiqué jeudi que les libérations seraient fondées sur la bonne conduite en prison, des raisons de santé et la durée de la peine déjà purgée, et excluraient les personnes ayant commis des meurtres, des agressions sexuelles, des crimes liés à la drogue ou encore des "crimes contre l'autorité".
Cette dernière mention est "particulièrement préoccupante" dans la mesure où ce type d'accusation a "historiquement servi d'instrument de répression politique à Cuba", dénonce l'ONG.
La Havane a précisé que parmi les libérés figureraient des jeunes, des femmes et des détenus de plus de 60 ans, ainsi que des étrangers et des citoyens cubains résidant à l'étranger.
Mi-mars, le gouvernement cubain avait déjà annoncé vouloir libérer 51 prisonniers sous l'égide du Vatican, un canal de dialogue régulier entre Cuba et les Etats-Unis.
Au moins 20 prisonniers politiques avaient été libérés à la suite de cette annonce, selon Cubalex.
Vendredi, parmi la demi-douzaine d'anciens détenus interrogés par l'AFP devant La Lima, aucun n'avait été incarcéré pour des raisons politiques.
"C'est une très grande bénédiction, cette grâce est vraiment bien tombée pour un paquet de détenus", a témoigné Damian Fariñas, âgé de 20 ans. Le jeune homme purgeait une peine de trois ans pour vol.