Cuba confirme des pourparlers avec les Etats-Unis information fournie par AFP 13/03/2026 à 17:24
Le président cubain, Miguel Diaz-Canel, a confirmé vendredi que son pays était en pourparlers avec les Etats-Unis qui appliquent depuis des semaines une politique de pression maximale sur l'île communiste.
"Des responsables cubains ont mené récemment des discussions avec des représentants du gouvernement des Etats-Unis", a déclaré le président cubain lors d'une intervention retransmise à la télévision.
"Ces discussions ont eu pour objectif de chercher des solutions, par la voie du dialogue, aux différends bilatéraux qui existent entre nos deux nations", a ajouté le chef de l'Etat devant les plus hautes autorités du pays, dont des membres du Bureau politique et du secrétariat du comité central du Parti communiste cubain (PCC).
Au premier rang figurait Raul Guillermo Rodriguez Castro, le petit-fils de l'ex-dirigeant Raul Castro (2006-2018), qui n'a pas de fonction officielle au sein du gouvernement mais a été mentionné récemment par des médias américains comme l'interlocuteur du chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, dans le cadre de discussions secrètes.
Le Mexique a salué ces pourparlers: "le Mexique défendra toujours la paix et le dialogue diplomatique, en particulier face à cette injustice commise depuis de nombreuses années à l'encontre du peuple cubain avec le blocus", a déclaré la présidente de gauche Claudia Sheinbaum, en référence à l'embargo américain en vigueur depuis 1962.
Mexico a envoyé récemment plus de 2.000 tonnes d'aide humanitaire à Cuba.
Miguel Diaz-Canel a ajouté que "des facteurs internationaux ont facilité ces échanges" sans donner plus de détails, mais dès jeudi soir, La Havane avait annoncé la libération prochaine de 51 prisonniers sous l'égide du Vatican, médiateur historique entre Cuba et les Etats-Unis.
Le président américain Donald Trump, qui multiplie les déclarations offensives contre Cuba, assurait depuis mi-janvier que des négociations étaient en cours avec de hauts responsables de l'île. La Havane avait jusque-là démenti de tels contacts.
Washington impose depuis janvier un blocus énergétique de facto à Cuba, invoquant la "menace exceptionnelle" que ferait peser sur la sécurité nationale américaine l'île communiste située à seulement 150 km des côtes de la Floride.
Le pays de 9,6 millions d'habitants, déjà secoué par une profonde crise économique, est confronté à d'importantes pénuries de carburant et à des coupures d'électricité prolongées.
- "Qu'ils le libèrent" -
Miguel Diaz-Canel a souligné qu'il s'agissait d'un "processus très sensible" ayant pour but de "nous éloigner de la confrontation", ajoutant qu'il devait se faire "sur la base de l’égalité et du respect des systèmes politiques des deux États".
"Tant que cela nous profite, nous sommes d'accord, mais à nos conditions", a réagi auprès de l'AFP Sergio Guerra, 55 ans, un vendeur de fruits et légumes à La Havane.
Le gouvernement cubain a annoncé jeudi soir la libération "dans les prochains jours" de 51 prisonniers en signe de "bonne volonté" à l'égard du Vatican. Il n'a toutefois pas précisé le nom des bénéficiaires, ni les raisons de leur condamnation.
La nouvelle a redonné de l'espoir à Yusmila Robledo, 38 ans, dont le mari a été condamné à 12 ans de prison pour avoir participé aux manifestations historiques du 11 juillet 2021 contre le gouvernement.
"Il faut qu'ils le libèrent, parce que ça fait déjà cinq ans que je souffre de cette situation, lui en prison (…) et moi seule avec mes deux enfants", a-t-elle expliqué à l'AFP devant sa maison du quartier de La Güinera, un des épicentres des manifestations à La Havane.
Elle s'est dit satisfaite de la confirmation de négociations entre Cuba et les Etats-Unis: "si on ne négocie pas, on ne peut pas avancer".
Selon l'organisation de défense des droits humains Justicia11J, basée en dehors de l'île, 760 personnes sont incarcérées à Cuba pour des raisons politiques, dont 358 sont des manifestants de juillet 2021.
L'Eglise catholique a joué depuis des décennies un rôle de médiateur dans la libération de prisonniers politiques sur l'île. Elle a également eu un rôle déterminant dans le dégel diplomatique entre Washington et La Havane en 2015 pendant le second mandat de Barack Obama (2013-2017).
Le 28 février, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a été reçu en audience par le pape Léon XIV.
Une semaine plus tôt, le secrétaire pour les relations avec les Etats du Vatican, Paul Richard Gallagher, avait reçu deux diplomates américains: le chargé d'affaires à La Havane, Mike Hammer, et l'ambassadeur auprès du Saint-Siège, Brian Burch.