Cuba annonce que sa diaspora pourra investir sur l'île
information fournie par AFP 16/03/2026 à 23:33

Des cubains devant un magasin à La Havane le 16 mars 2026 ( AFP / YAMIL LAGE )

La diaspora cubaine va pouvoir investir et détenir des entreprises à Cuba, a annoncé lundi La Havane, qui est en pourparlers avec les Etats-Unis.

Le président américain, Donald Trump, a lui parlé de "prendre" Cuba "d'une manière ou d'une autre", sans préciser exactement ce qu'il entendait par ce verbe. Il a également dit vouloir "libérer" l'île, lors d'un échange avec des journalistes dans le Bureau ovale de la Maison Blanche à Washington.

Plus tôt dans la journée, La Havane a annoncé que les Cubains résidant à l'étranger et notamment aux Etats-Unis allaient pouvoir investir sur l'île dont l'économie est au bord du gouffre, paralysée par le blocus énergétique imposé par Washington. Ils pourront y détenir leurs propres entreprises, a précisé le gouvernement.

"Cuba est disposé à avoir une relation commerciale fluide avec les entreprises américaines", ainsi qu'"avec les Cubains résidant aux Etats-Unis et leurs descendants", a déclaré Oscar Perez-Oliva Fraga, le ministre du Commerce extérieur et de l'investissement étranger, dans un entretien à la chaîne américaine NBC.

Cette annonce intervient au moment où l'économie de l'île, déjà affaiblie par plus de six années de crise, est paralysée par le blocus énergétique imposé par Washington, outre les sanctions dans le cadre de l'embargo en vigueur depuis 1962.

Lundi, le pays connaît une nouvelle panne électrique générale, la sixième en moins d'un an et demi.

L'embargo américain "nous prive d'un accès à des financements, à de la technologie, à des marchés et ces dernières années, il a eu pour objectif en particulier de priver notre pays d'un accès au carburant", a affirmé le ministre.

Depuis la mi-janvier, le président républicain assure que des pourparlers sont en cours avec Cuba, ce que l'île a fini par reconnaître vendredi après avoir nié pendant des semaines entretenir de tels contacts.

Cuba a vu sa situation s'aggraver depuis la capture en janvier du président vénézuélien, Nicolas Maduro, par les forces américaines, et la fin des livraisons de pétrole que Caracas envoyait à son allié. Donald Trump menace également de représailles tout pays qui enverrait du pétrole à l'île des Caraïbes.

- Infrastructures -

Alors qu'aucun pétrolier n'est arrivé sur l'île depuis plus de deux mois, les secteurs clés que sont le tourisme, l'extraction du nickel, l'agriculture et le tabac sont touchés de plein fouet par les restrictions énergétiques.

Ces investissements vont "au-delà de la sphère commerciale", a précisé le ministre cubain. "Cela s'applique à des investissements, pas seulement des petits investissements, mais également à d'importants investissements, en particulier dans les infrastructures", a-t-il ajouté.

Une voiture américaine ancienne garée près de l'hôtel Iberostar Parque Central à La Havane, le 12 mars 2026 ( AFP / YAMIL LAGE )

L'objectif de cette ouverture, selon le ministre, sera notamment de relancer le tourisme et les mines, ainsi que de restaurer le réseau électrique vieillissant de l'île.

L'annonce de La Havane "laisse penser que cette mesure vise à préparer des négociations avec les Etats-Unis sur les investissements américains à Cuba, plutôt que de stimuler la participation économique des émigrés", estime l'économiste Pedro Monreal sur la plateforme X.

A Miami, où vit la plus grande communauté de Cubains émigrés, cette annonce ne suscite guère l'enthousiasme.

"Je ne crois pas que nous, les Cubains, ni ceux de la diaspora de Miami ni ceux d'aucune communauté à travers le monde, allons investir un centime dans une Cuba opprimée par un régime qui nous a dépouillés de tout", a réagi auprès de l'AFP Conchis Reyes, 60 ans, née à Cuba.

Ramon Fernandez, autre natif de Cuba, pose ses conditions: "Oui, nous voulons investir là-bas, mais quand il y aura un changement économique et un changement politique", dit-il.

Alors que 80% de l'économie de l'île reposait encore il y a peu sur un système planifié et centralisé de production par des entreprises d'Etat, la crise a poussé le gouvernement à s'ouvrir davantage au secteur privé.

Autorisées il y a cinq ans, 10.000 petites et moyennes entreprises (mypimes) ont représenté 15% du PIB et plus de 30% de la population active en 2025.

Début mars, le gouvernement cubain a également adopté un décret établissant un cadre juridique pour créer des entreprises mixtes entre entités étatiques et acteurs privés, une première sur l'île.

Jusque-là, les seules entreprises mixtes existantes étaient des co-entreprises entre l'Etat cubain et des entreprises à capitaux étrangers, non américaines.