Crises géopolitiques: les banques résistent, mais la BCE pointe des failles information fournie par Boursorama avec AFP 31/07/2026 à 11:53
Les grandes banques de la zone euro sont capables de faire face à de graves chocs géopolitiques, mais la Banque centrale européenne a relevé plusieurs lacunes dans leurs dispositifs de gestion des risques, selon les résultats d'un exercice inédit publiés vendredi.
Mené auprès de 110 établissements placés sous sa supervision directe, tels que BNP Paribas ou Deutsche Bank, ce test de résistance "inversé" demandait aux banques de construire elles-mêmes des scénarios géopolitiques graves susceptibles de réduire d'au moins trois points de pourcentage leur ratio de fonds propres, principal indicateur de leur solidité financière.
Selon la BCE, ce seuil a été fixé en référence aux pertes de capital observées pendant la crise financière mondiale de 2008 et la crise des dettes souveraines dans la zone euro.
Les scénarios retenus combinaient souvent des risques simultanés: conflits militaires, guerres commerciales, sanctions économiques, cyberattaques ou ruptures des chaînes d'approvisionnement.
Les tensions entre les Etats-Unis et la Chine autour de Taïwan, l'aggravation de la guerre en Ukraine ou une escalade des conflits au Moyen-Orient figurent parmi les événements les plus fréquemment évoqués.
L'objectif était d'inciter les banques à réfléchir aux menaces les plus pertinentes pour leur propre modèle économique.
Les cyberattaques sont apparues comme le principal risque opérationnel cité par les banques, dont aucune n'est nommée dans le rapport.
Les pertes se concentraient ainsi dans les secteurs les plus exposés aux tensions géopolitiques, comme l'industrie, les transports, l'énergie, la construction ou l'agriculture.
Le principal point faible identifié concerne le risque de liquidité, les banques sous-estimant la rapidité de l'apparition de tensions de financement.
Plusieurs simulations ne faisaient apparaître d'effets qu'à long terme, alors que les crises de liquidité se déclenchent souvent en quelques heures : en 2025, la Silicon Valley Bank (SVB) en Californie a vu ses clients tenter de retirer des dizaines de milliards de dollars en une seule journée avant sa faillite.
Les résultats agrégés montrent néanmoins une certaine résilience du secteur.
Le ratio de fonds propres prudentiels moyen (CET1) passerait de 15,5% à 12,1% sous l'effet des scénarios de crise, avant de remonter à 13,5% grâce aux mesures envisagées par les banques.
Par exemple suspendre ou réduire les dividendes (59% des réponses), limiter les expositions risquées (57%), renforcer les dispositifs de cybersécurité (74%) ou encore réduire les coûts (44%).
Beaucoup envisagent aussi des ventes d'actifs ou de portefeuilles de prêts (40%) ou encore des augmentations de capital (22%).
La BCE s'est toutefois montrée sceptique quant au réalisme de certains plans de crise.
Leur efficacité pourrait être réduite si de nombreuses banques tentaient simultanément de vendre des actifs ou de lever des capitaux dans des marchés déjà fortement perturbés.
La BCE poursuivra ses échanges avec les banques sur la gestion des risques géopolitiques, une de ses priorités de supervision jusqu'en 2028.