Crise chez Grasset: le Sénat s'oppose à ce stade à une "clause de conscience" dans l'édition information fournie par AFP 10/06/2026 à 20:11
Le Sénat s'est opposé mercredi à l'instauration d'une "clause de conscience" pour les écrivains, proposition brandie depuis le limogeage controversé du patron de la maison d'édition Grasset. Mais le gouvernement s'est montré ouvert sur la question, appelant à bâtir un "consensus" sur le sujet.
Dans le cadre de l'examen d'une proposition de loi transpartisane visant à améliorer les relations entre auteurs et éditeurs, le débat parlementaire a été heurté par l'actualité du monde de l'édition.
La filière est plongée dans une crise profonde après le départ du patron de Grasset, Olivier Nora, imputé selon plusieurs centaines d'artistes à l'homme d'affaires Vincent Bolloré, qui contrôle Hachette, numéro un du secteur et maison-mère de Grasset.
Depuis lors, les appels se sont multipliés pour la mise en place d'une "clause de conscience" permettant aux auteurs de résilier leur contrat dans certains cas, ce qui existe notamment chez les journalistes.
Plusieurs amendements en ce sens ont été examinés par la chambre haute, offrant l'opportunité à la ministre de la Culture Catherine Pégard de se positionner.
Elle a appelé les parlementaires à "agir avec une grande prudence, sans céder aux impatiences de l'actualité et en ayant la volonté d'aboutir au consensus souhaité par tous". Mais elle a montré un très net signe d'ouverture en donnant un avis favorable à un amendement de la sénatrice socialiste Sylvie Robert.
La mesure, présentée comme une "clause de confiance", permet d'envisager la résiliation d'un contrat en cas de changement dans la "politique éditoriale" de l'éditeur ou en cas d'arrivée d'un nouvel actionnaire majoritaire. A condition, toutefois, que ces changements portent "atteinte aux intérêts moraux" de l'auteur ou "compromettent gravement ses intérêts matériels".
"Le législateur a le devoir d'agir pour protéger les auteurs dans des cas extrêmes, sans pour autant déstabiliser l'économie du contrat d'édition", a insisté Sylvie Robert.
Mme Pégard a apprécié cette rédaction "strictement encadrée", rappelant que la résiliation du contrat resterait dans ce cas de figure confiée à "l'appréciation d'un juge".
Mais la proposition a été repoussée par les sénateurs, la droite et les centristes se montrant soucieux de relancer la concertation avant de légiférer.
"Cet amendement modifie les équilibres essentiels du contrat d'édition", s'est inquiété Max Brisson (Les Républicains), dénonçant une "réponse médiatique".
Plusieurs élus ont toutefois estimé que la mesure pourrait être insérée par la suite, lors de son examen à l'Assemblée nationale.
Portée par les sénatrices Laure Darcos (Horizons) et Sylvie Robert, cette proposition de loi, adoptée sans difficulté, contient d'autres mesures plus consensuelles.
Parmi elles, la généralisation d'un minimum garanti de droits d'auteur, l'augmentation de la fréquence des "redditions", c'est-à-dire le bilan des ventes ouvrant la voie à la rémunération, ou encore une meilleure progressivité de la rémunération des auteurs.