Crise bancaire au Paraguay : le président Peña destitué
information fournie par AFP 07/11/2026 à 00:06

Photo publiée par la présidence paraguayenne montrant le président Santiago Pena signant sa démission à la résidence présidentielle Mburuvicha Roga, le 5 novembre 2026 à Asuncion ( Paraguayan Presidency / HANDOUT )

Le président du Paraguay depuis 2023, Santiago Peña, a été destitué vendredi au terme de son procès au Sénat pour sa responsabilité dans le scandale bancaire qui a affecté les avoirs de près de 3 millions d'épargnants, et dégénéré en crise politique.

Le Sénat l'a reconnu à l'unanimité de 44 de ses membres présents - sur 45 - coupable de "mauvais exercice de ses fonctions et, par conséquent, il est démis de sa charge de président", a déclaré Basilio Nuñez, son président.

Le Parlement devait se réunir de nouveau dans la soirée pour désigner le successeur de Santiago Peña, conservateur proche allié de l'administration américaine, et dont le mandat prenait fin en 2028.

La présidence devrait en toute logique échoir à son vice-président Pedro Alliana, 52 ans, issu du même Parti Colorado (conservateur), lui aussi mis en cause dans la crise bancaire, mais pour lequel le Parlement n'avait pas approuvé de procès en destitution.

À l'extérieur du Parlement, l'annonce de la destitution a été accueillie par des cris de joie et des cornes de brume de la part de quelques centaines de personnes, rassemblées au long de la journée sur une pelouse, attendant l'issue du procès, entre des pancartes "Peña en prison".

"Enfin, enfin Santiago Peña est parti, enfin justice a été rendue !", s'extasiait auprès de l'AFP Jessica Aquino, une employée de 32 ans. "Maintenant, on veut qu'il nous rende notre argent et qu'il finisse en prison !"

La débâcle bancaire, qui a pris en moins de 48 heures une tournure politique pour aboutir au final à la chute du président, a éclaté mardi avec la mise sous tutelle par la Banque centrale (BCP) d'une banque en ligne, Ueno Bank, pour insolvabilité.

L'intervention de la BCP avait gelé les dépôts de près de 3 millions de personnes, le nombre de clients que revendiquait Ueno, soit près de la moitié de la population du Paraguay. Des entreprises, des institutions et des retraités ont aussi été affectées.

Reversements aux lésés

Santiago Peña était avant même sa présidence et jusqu'à 2025 actionnaire du conglomérat financier propriétaire de la banque en déroute, ont rappelé des sénateurs pour l'accusation lors du procès.

M. Peña n'était pas présent à l'audience, mais défendu par ses avocats, qui ont questionné la validité du procès, car le Parlement "n'a pas compétence pour juger une personne qui a décidé de renoncer à sa charge", a plaidé l'un des conseils, Ricardo Preda, en référence à la démission présentée jeudi par le chef de l'État.

Mais le Parlement l'avait refusée, rendant inévitable un procès en destitution, qui revient au Sénat. Si la démission avait été acceptée, M. Peña, devenu alors sénateur à vie, aurait joui d'une immunité parlementaire.

Pour l'accusation, des sénateurs ont reproché au président d'avoir "permis, toléré et ne pas avoir corrigé un détournement de fonds des retraites vers une banque liée au cercle présidentiel", autrement dit "avoir subordonné l'intérêt public à des intérêts privés", a lancé le sénateur Adrián Vaesken.

Outre son procès politique, le président destitué est aussi visé par la justice : jeudi, le parquet général a annoncé l'ouverture d'une enquête contre lui pour des "faits relatifs à la supervision et à la liquidation de Ueno Bank ainsi qu'au placement de fonds publics dans cette entité".

En parallèle au procès, la Banque centrale du Paraguay a commencé à reverser leurs fonds, sous forme d'avances, à des épargnants victimes de la crise de la banque Ueno.

"Le processus de versements d'avances de garantie aux déposants de Ueno Bank a commencé jeudi", a déclaré vendredi à l'AFP José Maciel, directeur administratif du Fonds de garantie des dépôts de la BCP.

Les premiers décaissements, selon le responsable, portent sur des déposants qui avaient dans la banque numérique Ueno, à l'origine de la crise, "des dépôts compris entre 1 et 10 millions de guaranies" (160 USD à 1.600 USD).

Il n'a pas précisé de nombre, mais selon un avocat de M. Peña lors du procès, quelque 700.000 avaient bénéficié de premiers versements vendredi.