Crise au Louvre: dissensions après la décision d'entendre Dati à huis clos
information fournie par AFP 23/02/2026 à 17:45

La ministre de la Culture Rachida Dati, le 5 février 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

Rachida Dati s'explique lundi sur sa gestion du Louvre mais hors du regard du public: la décision d'entendre la ministre à huis clos, révélée à la dernière minute, ne fait pas l'unanimité au sein de la commission d'enquête sur la sécurité des musées.

La convocation de la ministre de la Culture, qui doit très prochainement quitter son poste pour briguer la mairie de Paris, était très attendue, alors que le musée le plus visité du monde, dont elle a la tutelle, peine à se relever de la crise ouverte par le cambriolage du 19 octobre.

A la mi-journée, un message des services de l'Assemblée nationale a toutefois précisé que cette audition, programmée à 16H30, se tiendrait finalement à huis clos.

C'est la première fois qu'une telle décision est prise depuis le début des travaux de cette commission, constituée dans la foulée du cambriolage et qui a procédé à plus de 70 auditions.

Contacté par l'AFP, son président LR, Alexandre Portier, justifie d'avoir décrété le huis clos pour éviter que cette audition "vire au spectacle", en prenant l'exemple des polémiques à répétition qui émaillent la commission d'enquête sur l'audiovisuel public.

"Je veux une audition apaisée qui permette de rester sur le fond de notre enquête, à savoir le renforcement de la protection du patrimoine national", a indiqué le député, qui avait pourtant lui-même annoncé la convocation de Mme Dati jeudi, lors d'une conférence de presse.

Auprès de l'AFP, l'entourage de la ministre a salué cette décision, assurant qu'elle permettra à Mme Dati d'"avoir la parole la plus libre" et d'aborder des "sujets hautement confidentiels " sur la sécurité du Louvre.

- "Incompréhensible" -

Sollicité par l'AFP, le rapporteur de la commission Alexis Corbière (ex-LFI) a, lui, pris acte de la décision, qui relève d'une prérogative du président, mais déclare vouloir qu'"un compte rendu écrit soit consultable le plus vite possible".

D'autres se montrent très critiques.

Des touristes près des barrières bloquant l'accès à la pyramide du Louvre, conçue par l'architecte sino-américain Ieoh Ming Pei, et au musée du Louvre, le 12 janvier 2026 à Paris ( AFP / Martin LELIEVRE )

Vice-présidente écologiste de la commission des affaires culturelles, Sophie Taillé‑Polian juge ainsi ce huis clos "proprement incroyable".

"C'est incompréhensible parce qu'une ministre en exercice doit pouvoir s'expliquer en toute transparence", déclare-t-elle à l'AFP. "Et ça n'a pas de sens parce que, depuis le début de cette commission, il n'y a jamais eu aucun problème de sérénité des débats".

Sous couvert de l'anonymat, un autre membre de la commission partage le même constat.

Egalement vice-présidente de la commission des affaires culturelles, Delphine Lingemann estime, au contraire, que le "huis clos permet d'aller au fond des sujets", de "divulguer des informations qui n'ont pas à être rendues publiques" sans empêcher "d'avoir des échanges musclés".

Mais la députée Modem estime, par souci de "logique", que l'audition prévue mercredi de la présidente du Louvre, Laurence des Cars, doit désormais elle aussi être menée à huis clos.

Interrogé par l'AFP sur ce point, Alexandre Portier n'a pas répondu dans l'immédiat.

Après le cambriolage, Mme Dati avait refusé la démission de Mme des Cars mais avait ordonné une enquête administrative, qui a mis au jour d'importants manquements sur la sécurité, et elle a contraint le musée à prendre des mesures de sécurisation d'urgence.

Des ouvriers installent une grille de protection devant la fenêtre de la galerie d'Apollon du musée du Louvre, le 23 décembre 2025 à Paris ( AFP / Dimitar DILKOFF )

Mi-janvier, elle avait par ailleurs promis des "décisions conséquentes" sur le dossier, restées pour l'heure sans suite, et la mission qu'elle avait annoncée pour réorganiser le Louvre n'a jamais débuté, alors qu'elle devait rendre ses conclusions fin février.

Depuis mi-décembre, la crise au Louvre s'est doublée d'une mobilisation des personnels pour de meilleures conditions de travail, qui a perturbé l'accès au musée à plusieurs reprises.

Le musée a par ailleurs dû récemment fermer une de ses galeries en raison de fragilités dans l'édifice et a été victime d'une fraude à la billetterie évaluée à plus de 10 millions d'euros.