Crash mortel de l'émission Dropped: Procès pour quatre personnes et la société de production
information fournie par AFP 22/05/2026 à 18:19

Hommage le 11 mars 2017 à Paris aux victimes du crash d'hélicoptères lors du tournage d'une émission en Argentine: La navigatrice Florence Arthaud, le boxeur Alexis Vastine et la nageuse Camille Muffat avaient péri dans cet accident,en 2015 ( AFP / BERTRAND GUAY )

Plus de onze ans après les dix morts dans un crash d'hélicoptères lors du tournage de l'émission Dropped en Argentine, quatre personnes et la société de production, en tant que personne morale, seront jugées en correctionnelle pour homicides involontaires.

Trois des producteurs de l'époque et un responsable de sécurité sont convoqués devant le tribunal correctionnel de Paris, à une date qui n'est pas encore fixée, a appris l'AFP vendredi de sources proches du dossier.

Parmi les victimes figuraient notamment trois sportifs français de haut niveau, la navigatrice Florence Arthaud, le boxeur Alexis Vastine et la nageuse Camille Muffat. Cinq membres français de la production et deux pilotes argentins avaient également été tués.

Hubert Arthaud, frère de celle qu'on surnommait "la petite fiancée de l'Atlantique", se réjouit auprès de l'AFP qu'il n'y ait pas qu'une personne morale renvoyée en correctionnelle, mais aussi des personnes physiques.

"C'est tout à fait normal, parce que derrière une société, il y a des personnes physiques qui ont pris la décision de faire passer la sécurité au deuxième plan", déplore-t-il. "Le premier plan, c'était le coût financier, faire des économies", dénonce M. Arthaud, qui fustige un "amateurisme" et "une chasse à l'image, en voulant faire voler deux hélicoptères en tandem".

M. Arthaud avance que le procès pourrait se tenir "au premier semestre 2027".

- "Sécurité bradée" -

La famille d'Alexis Vastine "sait depuis longtemps qu'ALP a gravement négligé la sécurité sur le tournage de Dropped, que la sécurité a été bradée pour réduire les coûts de production du programme", abonde pour l'AFP Me Benjamin Sarfati, conseil des proches du boxeur.

"Mais c'est important de lire aujourd'hui dans l'ordonnance de renvoi que les trois juges d'instruction qui ont épluché les pièces du dossier pendant des années partagent cette analyse", développe l'avocat. "Et nous avons hâte que les responsables comparaissent enfin devant le tribunal correctionnel", insiste-t-il.

Cette ordonnance de renvoi en correctionnelle "acte l'absence de contrôle et de surveillance d'ALP (société de production) et de ses dirigeants sur le choix des pilotes, la nature du vol - particulièrement dangereux et totalement improvisé - et l'incompétence de la société censée assurer la sécurité du tournage", brosse pour l'AFP Me Solenn Le Tutour, avocate de familles de victimes.

"C'est une longue page d'investigations qui se tourne pour les familles qui vont enfin pouvoir faire toute la lumière sur les causes du décès de leurs proches", souligne cette avocate.

Le 9 mars 2015, le tournage de Dropped, jeu d'aventures prévu pour diffusion l'été suivant sur TF1, avait tourné au drame: deux hélicoptères Ecureuil étaient entrés en collision en plein vol avant de s'écraser, dans la province argentine de la Rioja.

- Basse altitude -

L'accident avait eu lieu au départ de ce vol rapproché à basse altitude, visant à ce que le cameraman d'un appareil filme l'autre. Les candidats, eux, devaient être largués dans des zones isolées, puis avaient 72 heures pour retrouver la civilisation.

Les mis en cause sont renvoyés en correctionnelle pour la validation d'un budget alloué aux moyens aériens au détriment de la sécurité ou encore la sélection des hélicoptères et des pilotes sur des critères ne correspondant pas aux besoins effectifs, selon des éléments dont l'AFP a eu connaissance.

Il est aussi reproché au responsable de la sécurité de ne pas avoir vérifié si les deux pilotes avaient déjà volé ensemble, entre autres.

"Les équipes d'ALP (société de production) demeurent bouleversées par ce drame. Si elles respectent et comprennent la douleur des familles, elles restent déterminées à démontrer que tous les moyens matériels et humains ont été mis en place pour assurer la sécurité du tournage", commentent auprès de l'AFP Mes Mathias Chichportich et Clara Gérard Rodriguez, avocats de la production.

Pour ces conseils, ce renvoi en correctionnelle "signifie que les magistrats estiment nécessaire la tenue d'un procès, mais en aucun cas une quelconque déclaration de culpabilité".