COP31: à Antalya, un monde divisé au chevet du climat information fournie par AFP 06/11/2026 à 15:24
Le monde a rendez-vous à partir de lundi en Turquie pour répondre à une crise climatique toujours plus dévastatrice, mais la tâche s'annonce ardue tant les divisions sont nombreuses, sur la géopolitique, la finance ou l'avenir des énergies fossiles.
L'hôte turc espère plus de 100.000 personnes dans la ville balnéaire d'Antalya, du 9 au 20 novembre, pour la grande réunion annuelle consacrée au climat sous l'égide de l'ONU.
Cela alors que la planète subit toujours davantage les effets du réchauffement d'origine humaine, comme l'ont illustré la succession de canicules en Europe ou la crue meurtrière au Népal. À quoi s'ajoute le phénomène naturel El Niño qui accentue sécheresses ou inondations dans de nombreuses régions du globe, et pourrait atteindre cette année une intensité record.
Et la plupart des scientifiques, comme l'ONU, admettent désormais que le seuil de 1,5°C de réchauffement, limite la plus ambitieuse de l'accord de Paris, sera franchi, au moins temporairement.
"Dépasser 1,5°C nous fait entrer dans une zone où les événements extrêmes et leurs impacts, attribuables au réchauffement d'origine humaine, deviennent plus fréquents", alerte Johan Rockström, directeur de l'Institut de recherche sur le climat de Potsdam (PIK). "La fenêtre est encore ouverte pour inverser la tendance", souligne toutefois le scientifique.
"Pas la COP qui change le monde"
Mais les pays réussiront-ils à s'unir pour relever le défi alors que le monde est divisé par les conflits, de l'Ukraine au Moyen-Orient?
"Nous abordons cette COP dans une période assez agitée", remarque Alden Meyer, du groupe de réflexion E3G.
La crise dans le détroit d'Ormuz propulse les prix des carburants à des sommets. Se procurer du pétrole et du gaz redevient une priorité stratégique pour de nombreux pays mais les alternatives, comme l'électricité renouvelable, tentent aussi d'en profiter.
L'agenda officiel des négociations reste cependant - pour l'instant - relativement technique, sans une grande décision attendue, contrairement à certaines des éditions précédentes.
"Ça ne sera pas la COP qui change le monde", admet Paul Watkinson, ancien négociateur en chef pour la France. "C'est une COP intermédiaire par de nombreux aspects mais c'est une conférence importante" qui doit marquer des "progrès", selon lui.
"Le contexte géopolitique est très difficile actuellement" et il ne faut pas s'attendre à une "révolution" à la COP31, a aussi jugé vendredi la Commission européenne.
Faute de consensus dans les négociations officielles sur de nouvelles cibles contraignantes, l'hôte turc espère surtout arracher des objectifs volontaires de la part des pays.
Ces engagements, regroupés notamment dans un "agenda de l'action", se distinguent des objectifs âprement négociés chaque année durant les COP, qui doivent réunir le consensus des près de 200 pays.
"La COP31 travaillera à transformer les engagements des COP passées en résultats réels", promet le président de la conférence, Murat Kurum.
La Turquie a établi une dizaine de thèmes prioritaires, comme la gestion des déchets ou les océans, mais surtout l'électrification des usages, qui pourrait faire figure de sujet clef de la COP.
"Moment d'incertitude"
Mais cette question de l'électricité promet de susciter des débats : finira-t-elle par rejoindre l'agenda des négociations officielles ? Est-ce qu'on parlera bien d'électricité "propre" (pas produite à partir de pétrole, gaz ou charbon), comme le souhaite l'Union européenne ?
La COP30 au Brésil avait échoué l'an dernier à adopter une phrase sur les énergies fossiles face à l'opposition de grands pays producteurs et consommateurs.
La présidence brésilienne de la conférence avait toutefois lancé l'idée d'une "feuille de route" volontaire pour une sortie progressive du charbon, du pétrole et du gaz - une boîte à outils qui vient d'être publiée avant Antalya.
Comme chaque année, la question financière devrait aussi fatalement revenir sur la table, les pays en développement réclamant des moyens pour croître sans polluer. Les pays riches ont "l'obligation" de fournir des financements, a rappelé l'Inde.
Le groupe des négociateurs africains a d'ores et déjà réclamé que soit ajouté à l'agenda officiel la question du financement de l'adaptation.
Sauf coup de théâtre, les États-Unis seront pour leur part une nouvelle fois absents des négociations, l'administration Trump s'étant retirée des discussions sur le climat. Mais la victoire historique de ses opposants démocrates lors des élections de mi-mandat sera disséquée à Antalya.
"Le processus climatique mondial traverse un moment d'incertitude, les pays cherchant à savoir si les États-Unis pourraient se réengager. Les élections de mi-mandat ont peut-être apporté un certain éclairage, mais la prochaine élection présidentielle n'aura lieu que dans deux ans", souligne auprès de l'AFP Li Shuo, expert de l'Asia Society à Washington.