Condamnée pour le meurtre de son mari, Edwige Alessandri veut voir son innocence reconnue information fournie par AFP 05/03/2026 à 09:19
Edwige Alessandri, condamnée à trois reprises pour avoir tué son mari, a-t-elle été victime d'une erreur judiciaire ? S'appuyant sur une contre-enquête qui assure de son innocence, son avocat va déposer jeudi une nouvelle requête devant la Cour de révision dans l'espoir d'obtenir la tenue d'un nouveau procès.
Le 16 juillet 2000, peu avant minuit, le chef d'entreprise Richard Alessandri est abattu d'un coup de fusil de calibre 12 en pleine tête, dans son lit, dans la petite commune de Pernes-les-Fontaines (Vaucluse).
L'enquête, confiée à la section de recherche de Nîmes et à la gendarmerie de Carpentras, conclut alors à un maricide. L'un des deux fils du couple Alessandri accuse sa mère en garde à vue, avant de se rétracter.
La contre-enquête, racontée dans un livre paru en février, affirme, elle, qu'il s'agit d'un cambriolage qui a mal tourné: quatre hommes, déjà connus pour un home-jacking, se trouvaient à proximité du domicile des Alessandri le soir du meurtre. L'ADN de l'un d'entre eux a été retrouvé sur deux mégots de cigarettes.
"La première enquête, menée par le juge d'instruction et les gendarmes, était biaisée. De nombreux faits ont été manipulés. Il y a eu beaucoup d'incompétence et de misogynie", assure Geoffrey Le Guilcher, l'auteur du livre-enquête "Les deux mégots" (éditions Goutte d'or).
Les nouveaux éléments mentionnés dans le livre ont été intégrés à la requête "d'une soixantaine de pages" que l'avocat d'Edwige Alessandri, Me Damien Brossier, va déposer jeudi devant la Cour de révision, l'unique juridiction en France capable d'examiner de nouvelles preuves et d'ordonner un nouveau procès.
Condamnée à l'issue d'un troisième procès à 10 ans de réclusion criminelle en 2009, Edwige Alessandri vit aujourd'hui libre dans le sud de la France, mais veut laver son honneur, selon son avocat.
"Imaginez-vous vous faire réveiller en pleine nuit par un coup de feu, couverte du sang de votre mari", plaide Me Brossier.
- "A charge" -
Ce n'est pas la première fois que la Cour de révision se penche sur le dossier d'Edwige Alessandri. À la suite d'une première requête déposée par sa défense, un supplément d'information est demandé à la police judiciaire de Montpellier en 2012. "La thèse du cambriolage qui a mal tourné est cohérente", selon la cheffe de la PJ de l'époque Nathalie Galabert.
À tel point qu'une nouvelle information judiciaire est ouverte, mais les juges d'instruction décident, contre toute attente, de confier les investigations au premier service enquêteur. Un non-lieu est ordonné en avril 2018, et la première demande de révision est définitivement rejetée fin 2019.
Dans le livre du journaliste Geoffrey Le Guilcher, la cheffe de la PJ locale raconte avoir interrogé des témoins capitaux comme la belle-soeur de l'un des cambrioleurs et le détective privé Jean-François Abgrall - connu pour avoir arrêté le tueur en série Francis Heaulme et contribué à innocenter Patrick Dils - embauché par Edwige Alessandri en 2001.
"Je n'ai aucun doute sur l'innocence de Mme Alessandri", déclare l'ancienne cheffe de la PJ de Montpellier (SRPJ) à l'AFP.
"Certains éléments ont été mis en avant, d'autres ont été totalement occultés. C'était clairement à charge", estime Nathalie Galabert.
Depuis 2014, "une procédure de révision ne peut être confiée à un service qui a été à l'origine de l'affaire, sauf qu'on était en 2013", déplore Me Damien Brossier.
"Edwige Alessandri a été condamnée pour meurtre ; elle a connu quatre prisons différentes ; elle était riche, elle n'a plus un sou ; elle a été privée de ses deux enfants durant des années. Pourquoi ? Comment est-on passé d’un cambriolage à un maricide ?", interroge Geoffrey Le Guilcher dans son livre.
La requête déposée jeudi doit être examinée par la commission d'instruction de la Cour de révision qui se prononcera d'ici quelques mois pour savoir s'il y a lieu, ou non, d'ordonner de nouvelles investigations.
Seules une dizaine d'erreurs judiciaires ont été reconnues par la Cour de révision depuis 1945.