"Colère" et "incompréhension" à Lens, où un lycéen blessé a été amputé d'une main information fournie par AFP 06/10/2026 à 19:15
"Colère", "peur", "incompréhension", "consternation" : à Lens, l’"acte III" de la mobilisation lycéenne a été comme anesthésié, mardi, par le choc provoqué par l’incident survenu la veille, au cours duquel un manifestant de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade policière, avant de devoir être amputé.
"J'étais avec mes copines et j'ai entendu +boum+. Je me suis retournée et j'ai vu un garçon courir sans sa main (...). Il était en panique", raconte Mélina, élève en première dans un lycée de Sallaumines (Pas-de-Calais), près de Lens, encore bouleversée en évoquant la scène mardi matin.
Le lycéen de 15 ans a eu une main arrachée lors d'une manifestation près du lycée Auguste-Béhal de Lens.
"Il était au bloc hier, il a été amputé de la main gauche, il a aussi reçu une greffe à la main droite et a des plaies au visage et sur le thorax", a confié mardi soir à l'AFP Sébastien Messent, le maire de Wingles, la commune proche de Lens où le jeune homme est domicilié.
"Aujourd'hui, il était sédaté et il dort beaucoup", a ajouté l'élu, qui s'est entretenu dans la matinée avec la mère du lycéen, qui "vit très mal cette ultra sollicitation médiatique".
Les circonstances des faits restent encore floues. Une enquête de l'IGPN devra notamment établir si le lycéen a ramassé la grenade, ou si elle a atterri sur lui, et si le tir était réglementaire.
Dispersion
"Les premiers éléments de l'enquête établissent que plusieurs grenades ont été utilisées le matin des faits après sommations pour disperser l'attroupement, alors que les CRS essuyaient des tirs de projectiles et que des poubelles étaient incendiées : grenades lacrymogènes, puis au moins une grenade assourdissante", a indiqué mardi soir le procureur de Béthune, Etienne Thieffry.
Aucune plainte n'a encore été déposée, a ajouté le magistrat, en précisant que les "auditions se poursuivent".
Selon une source syndicale policière et une source sécuritaire, la grenade qui a blessé l'adolescent était une "GM2L", qui engendre un "effet sonore intense" tout en libérant simultanément un gaz lacrymogène "avant son arrivée au sol", selon la notice de son fabriquant, Alsetex.
Mardi matin, Mélina disait avoir "peur" de la police "qui tourne partout" alors que des camionnettes de CRS étaient déployées à proximité de plusieurs établissements scolaires de la ville. Elle assurait vouloir "continuer" à manifester "mais en faisant surtout attention".
"On ne veut pas la violence (...). Tout ce qu'on veut, c'est notre bac, c'est notre réussite", soulignait la jeune fille de 16 ans devant un lycée de Lens, où quelques dizaines de personnes étaient rassemblées.
"Colère"
Thomas (prénom d'emprunt), 17 ans, en terminale, dit ressentir "de la colère et de l'incompréhension", parce qu'il "n'y a pas lieu d'utiliser des moyens comme ça sur des élèves", c'est "totalement disproportionné". Selon lui, lors de l'incident, "il y avait environ 50 à 60 CRS face à 150-200 élèves" et les policiers étaient "surarmés".
Le ministres de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui a défendu la "proportionnalité" des interventions policières, sera auditionné mercredi à l'Assemblée nationale sur le sujet.
"Pour l'instant c'est encore le choc, la consternation, la colère" qui dominent, déclare en retenant ses larmes une enseignante du Lycée Béhal que fréquentait l'élève blessé. "C'est un gamin" en seconde pro, "autant dire que son avenir professionnel ça va être compliqué", souligne-t-elle.
"Ça m'a choqué, ça fait peur. Une main coupée comme ça, on se croirait à la guerre", explique Mike Ryan, 16 ans, qui était au collège avec l'adolescent blessé.
Pour Walid, 16 ans, en terminale à Lens, les lycéens doivent "continuer" à faire entendre leurs revendications : "Ce n'est pas en nous arrachant des mains, des pieds ou d'autres parties de notre corps qu'ils vont nous faire arrêter ce qu'on fait".