"Cold cases": nouveau procès requis contre le tueur en série Francis Heaulme
information fournie par AFP 24/04/2026 à 19:01

Croquis d'audience du 4 décembre 2018 montrant le tueur en série Francis Heaulme au tribunal de Versailles pour l'ouverture de son procès en appel ( AFP / Benoit PEYRUCQ )

Déjà condamné pour onze meurtres, Francis Heaulme pourrait être prochainement jugé pour celui de Jean-Joseph Clément, en 1989, dans le Vaucluse: un procès devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine a été requis contre le tueur en série par le parquet du pôle "cold cases" de Nanterre.

Cet agriculteur de 60 ans avait été retrouvé le crâne fracassé par une pierre en août 1989. Francis Heaulme avait d'abord bénéficié d'un non-lieu dans cette affaire avant que l'instruction soit rouverte puis confiée au pôle "cold cases".

"C'est une étape importante dans la bagarre que mène Mme Clément pour savoir ce qui est arrivé à son père et faire juger Francis Heaulme", a réagi vendredi auprès de l'AFP le conseil de la fille de la victime, Didier Seban, qui espère que le suspect sera "en état d'être jugé".

"On a perdu des années du fait de l'inertie de la justice", "on a mis presque trois ans avant d'obtenir que (le dossier) soit rouvert à Reims", a regretté l'avocat, qui a cependant salué "la détermination des magistrats" du pôle dédié aux "cold cases" de Nanterre.

Contactée par l'AFP, l'avocate de Francis Heaulme, Liliane Glock, n'avait pas immédiatement réagi.

Surnommé le "routard du crime", Francis Heaulme, 67 ans, a été condamné pour onze homicides commis entre 1984 et 1992, date à laquelle il a été incarcéré.

Il a notamment été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre à coups de pierres de deux enfants à Montigny-lès-Metz (Moselle) en 1986. Les deux garçons avaient été découverts le crâne fracassé le long d'une voie ferrée.

Sa condamnation pour ces meurtres est devenue définitive en 2020 après le rejet de son pourvoi par la Cour de cassation.

- Pierres et tournevis -

Après avoir grandi en Meurthe-et-Moselle dans un climat de violence familiale, Francis Heaulme entame en 1984, année de la mort de son père, une errance qui le mènera à travers 37 départements français.

La voie ferrée à Montigny-les-Metz, le 20 septembre 1986 en Moselle, où deux enfants ont été retrouvés morts, le crâne fracassé ( AFP / Patrick HERTZOG )

Il se déplace en train ou en auto-stop, trouvant refuge dans des structures comme les communautés Emmaüs. Son mode opératoire est dépourvu de planification.

Il cède à des impulsions d'une violence extrême, une perte de contrôle qu'il qualifie lui-même de "voir rouge". Ses victimes, souvent croisées par hasard, sont perçues comme vulnérables: femmes seules, retraités ou enfants.

Il utilise fréquemment des armes par destination, comme des pierres ou des tournevis, et s'associe parfois à des complices de rencontre.

Son périple sanglant s'achève le 7 janvier 1992 avec son arrestation à Bischwiller (Bas-Rhin). L'enquêteur de la gendarmerie Jean-François Abgrall parvient à recueillir ses aveux en s'adaptant à la psychologie et au mode d'expression singulier du suspect.

- Hospitalisé -

Il avait été mis en examen pour le meurtre de Jean-Joseph Clément une première fois en 1992, mais une ordonnance de non-lieu avait été rendue en 2002 par un juge d'instruction du tribunal de Reims.

Des dossiers concernant le tueur en série Francis Heaulme avant son procès en appel au tribunal de Versailles, au sud-ouest de Paris, le 4 décembre 2018 ( AFP / Thomas SAMSON )

La réouverture de l'instruction en juillet 2023 avait entraîné une nouvelle mise en examen de Francis Heaulme. Le tribunal de Reims s'est ensuite dessaisi en février 2024 au profit du pôle dédié aux crimes sériels ou non élucidés de Nanterre.

Il avait d'ailleurs été interrogé sur ces faits pendant deux jours, fin février, au tribunal de Colmar.

Début avril, le tueur en série avait été hospitalisé à Nancy (Meurthe-et-Moselle), avait annoncé le parquet du pôle "cold cases", sans donner davantage de précisions sur son état de santé.

Incarcéré depuis 1992, Francis Heaulme est actuellement détenu à la maison centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin), aux côtés de Dominique Pelicot, Nordahl Lelandais ou Guy Georges, où il purge plusieurs peines de prison, notamment à perpétuité.