Cocktails Molotov contre le centre culturel russe à Prague, la police tchèque enquête
information fournie par AFP 27/03/2026 à 15:02

La façade de la Maison de la Russie à Prague endommagée après une attaque au cocktail Molotov, le 27 mars 2026 ( AFP / Michal Cizek )

La police tchèque a annoncé vendredi enquêter sur une attaque au cocktail Molotov contre la Maison de la Russie à Prague, un centre pour la culture et la science hérité de l'époque soviétique.

"Depuis jeudi soir, nous enquêtons sur une attaque au cours de laquelle quelqu'un a lancé plusieurs cocktails Molotov contre la Maison russe", a déclaré la police sur X, en ajoutant qu'elle recherchait toujours l'assaillant.

Ce Centre russe pour la science et la culture a ouvert en 1971, à une époque où l'ancienne Tchécoslovaquie était dirigée par des communistes sous la tutelle de Moscou.

Un photographe de l'AFP a pu constater que la façade du bâtiment présentait des traces noires et une fenêtre brisée.

L'ambassadeur tchèque en Russie a été convoqué par Moscou vendredi après cet incident, a indiqué la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova. "Nous exigeons de la partie tchèque qu'elle conduise une enquête prompte et compétente sur ce crime", a-t-elle déclaré.

Elle avait dénoncé plus tôt un "acte barbare".

"Heureusement, personne n'a été blessé, seul le bâtiment a été endommagé", a déclaré Igor Girenko, le directeur des lieux situés dans le quartier de Dejvice, dans le nord de Prague, dans une vidéo publiée par le ministère russe des Affaires étrangères.

"Des bouteilles remplies d'un mélange incendiaire ont été lancées contre le bâtiment. Trois d'entre elles ont explosé à l'extérieur et trois ont été jetées à l'intérieur, touchant le bâtiment de la bibliothèque" mais n'ont, elles, pas explosé, a-t-il détaillé.

Le directeur adjoint de l'agence russe de coopération culturelle internationale Rossotroudnitchestvo, Pavel Chevtsov, a lui estimé que "c'était une attaque planifiée et délibérée" auprès de l'agence publique russe Ria Novosti, ajoutant: "Nous considérons cela comme une attaque terroriste".

Le ministre tchèque de l'Intérieur, Lubomir Metnar, a condamné cette attaque. "Une attaque contre n'importe quel bâtiment est inacceptable, quels qu'en soient le caractère ou le propriétaire", a-t-il écrit sur X.

Une vidéo tournée durant la nuit et publiée par Rossotroudnitchestvo, qui gère le centre culturel de Prague, permet d'entendre une personne hors champ qui montre les conséquences de l'attaque : "Traces de cocktails Molotov, une fenêtre brisée, une deuxième fenêtre endommagée…"

- Concert prévu -

Le bâtiment a pour vocation de promouvoir la culture, l'histoire et la langue russes, et de servir de lieu de rencontre aux Russes vivant en République tchèque.

Au grand mécontentement de Moscou, Prague refuse de le reconnaître comme bâtiment diplomatique, soupçonnant le centre de diffuser la propagande russe.

La Russie avait qualifié la République tchèque d'"Etat inamical" en 2021, peu avant d'envahir l'Ukraine en février 2022.

Cette année-là, les services de renseignement tchèques avaient désigné Moscou comme responsable des explosions survenues en 2014 dans un dépôt de munitions dans l'est du pays, qui avaient fait deux morts.

Les explosions s'étaient produites quelques mois seulement après l'annexion par la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée, début 2014.

Les services de renseignement tchèques avaient affirmé que les agents ayant mené cette attaque étaient les mêmes que ceux suspectés d'avoir empoisonné l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille à Salisbury, dans le sud de l'Angleterre, en 2018.

Cette annonce a déclenché l'expulsion massive et réciproque de dizaines de diplomates et d'autres membres du personnel d'ambassade.

La Maison de la Russie a repris l'intégralité de son programme d'activités au début de 2026, a souligné M. Girenko dans sa vidéo.

"Aujourd'hui, nous avions un concert de prévu. Nous n'avons pas encore pris de décision définitive quant à son annulation. Nous penchons pour le maintenir, afin de montrer à nos détracteurs que nous ne pouvons pas être intimidés", a-t-il ajouté.