Climat: Le phénomène El Niño attendu cet été pourrait être le plus intense en 10 ans
information fournie par Reuters 24/04/2026 à 12:22

Vue sur les pagodes sur l'île de Louxingdun, en Chine

Les conditions climatiques sont à nouveau réunies pour le retour du ‌phénomène El Niño, qui peut occasionner des événements extrêmes sur un grand nombre de régions du monde, dès le mois de mai et il ​pourrait être le plus intense en 10 ans, selon différents services de prévisions météorologiques.

Dans le pire des scénarios, cela laisse présager un temps plus chaud et plus sec dans toute l'Asie au second semestre 2026, ce qui ne manquera pas d'affecter les récoltes alors que les agriculteurs sont déjà ​confrontés à des pénuries d'engrais et à des prix élevés du carburant dus à la guerre en Iran.

El Niño - et sa phase opposée La Niña - sont les noms donnés à une variation ​naturelle du climat, qui induit une variation marquée de la température des eaux ⁠de l'océan Pacifique équatorial et une modification de la circulation atmosphérique mondiale.

L'un des épisodes les plus intenses de ce type, qui se ‌manifeste tous les deux à sept ans et dure généralement entre neuf et 12 mois, s'est produit en 2015 et 2016, provoquant alors une sécheresse généralisée en Asie et une forte baisse de la production de céréales et ​d'oléagineux.

Selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM), un changement net a été ‌observé dans le Pacifique équatorial, avec une hausse rapide des températures de surface de la mer, ce ⁠qui suggère une forte probabilité que des conditions El Niño se développent entre mai et juillet de cette année.

"Après une période de conditions neutres en début d'année, les modèles climatiques sont désormais fortement alignés, et il existe un haut degré de confiance quant à l'apparition d'El Niño, suivie d'une intensification ⁠supplémentaire dans les mois qui ‌suivront", déclaré Wilfran Moufouma Okia, chef de la prévision climatique à l'OMM, dans un communiqué.

POSSIBLE "SUPER EL NIÑO"

De ce fait, ⁠les responsables climatiques chinois craignent que l'épisode ne persiste jusqu'à la fin de l'année et l'Inde s'attend pour sa part à des pluies de ‌mousson inférieures à la moyenne pour la première fois en trois ans.

"Nous constatons déjà de la chaleur et de la sécheresse ⁠dans certaines régions d'Australie et d'Inde", a de son côté dit Chris Hyde, météorologue chez Meteomatics, une ⁠société de veille météorologique basée en ‌Suisse.

"La dernière fois que nous avons observé des signes similaires, c'était lors du grave épisode El Niño de 2015 à 2016", a-t-il ajouté, précisant que ​ces deux pays, ainsi que l'Asie du Sud-Est, figuraient parmi les régions ‌les plus sensibles à El Niño et les plus susceptibles d'en montrer les premiers signes.

Plus tôt dans le mois, Météo France avait déclaré que le nouvel événement El Niño ​qui se met en place "pourrait même atteindre des niveaux tels qu'on parlerait de 'super El Niño'".

Ce terme désigne généralement des épisodes pour lesquels les anomalies de températures de surface de la mer dépassent les deux degrés Celsius, sur la partie centrale et orientale du Pacifique équatorial, comme lors des ⁠épisodes de 1997-1998 et de 2015-2016.

Un El Niño pourrait également apporter davantage de précipitations en Europe et aux États-Unis, en particulier pendant la récolte de maïs et de soja aux États-Unis.

Si des pluies plus abondantes sur le continent américain peuvent compenser une partie des pertes agricoles en Asie, des précipitations excessives et des inondations peuvent perturber les récoltes et dégrader la qualité des céréales et des oléagineux.

(Naveen Thukral à Singapour, Peter Hobson à Canberra et Olivia Le Poidevin à Genève; Avec la contribution d'Ella Cao à Pékin, de Gus Trompiz à Paris et d'Ashley Tang à Kuala ​Lumpur, Version française Benoit Van Overstraeten, édité par)