Climat: l'Assemblée générale de l'ONU adopte un texte pour consolider les obligations des Etats
information fournie par AFP 20/05/2026 à 23:03

Ce texte de compromis sur le climat a été adopté par 141 voix pour, 8 contre (dont Etats-Unis, Israël, Iran, Russie, Arabie saoudite) et 28 abstentions ( AFP / Kena Betancur )

L'Assemblée générale de l'ONU a adopté mercredi une résolution consolidant les obligations climatiques des Etats, un texte jugé capital par les défenseurs de la planète malgré les concessions arrachées par les grands émetteurs de gaz à effet de serre.

"Nous savons que certains préfèreraient que cette Assemblée en dise moins, ou qu'elle ne dise rien du tout", a noté avant le vote Odo Tevi, ambassadeur à l'ONU du Vanuatu, petit Etat insulaire du Pacifique à l'origine de cette bataille.

Mais cette résolution "est importante parce que les dommages sont réels et déjà présents pour les îles et les zones côtières en basse altitude, pour les communautés faisant face à la sécheresse et aux mauvaises récoltes, pour ceux dont les maisons, les revenus, et la culture sont bouleversés par des forces qu'ils n'ont pas déclenchées", a-t-il insisté.

Ce texte de compromis a été adopté par 141 voix pour, 8 contre (dont Etats-Unis, Israël, Iran, Russie, Arabie saoudite) et 28 abstentions.

Sous l'impulsion de Vanuatu, l'Assemblée générale avait réclamé en 2024 à la Cour internationale de Justice (CIJ) un avis consultatif sur la responsabilité des Etats de respecter leurs engagements climatiques.

L'avis rendu l'été dernier a dépassé les attentes des défenseurs du climat: la Cour a affirmé que les Etats qui violaient leurs obligations climatiques commettaient un acte "illicite" et ouvert la voie à des "réparations" pour les pays affectés.

Pour rebondir sur cet avis non contraignant mais sur lequel les tribunaux du monde entier peuvent s'appuyer, Vanuatu a présenté en janvier un projet de résolution destiné à le mettre en oeuvre.

"Nous ne pouvons pas endurer plus de catastrophes et de destruction. Nous avons droit à un avenir et cette résolution de l'ONU est notre bouée de sauvetage, nous devons la saisir", avait commenté cette semaine Vepaiamele, 17 ans, militante climat originaire de Vanuatu qui avait témoigné devant la CIJ en 2024.

Mais la résolution n'est pas sortie indemne des nombreuses séances de négociations entre Etats, dont beaucoup ne considèrent plus le climat comme une cause prioritaire face aux intérêts industriels ou sécuritaires.

- Pas de "registre" des dommages -

Elle salue l'avis de la Cour, souligne "l'importance et l'autorité" qu'il revêt pour "éclaircir le droit international en vigueur" et appelle tous les Etats à "honorer les obligations que leur fait le droit international" pour protéger le climat.

Elle insiste sur les mesures à prendre pour limiter le réchauffement à +1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle, notamment en sortant progressivement des énergies fossiles, l'objectif adopté en 2023 par près de 200 pays lors d'une réunion climatique à Dubaï.

Mais l'idée d'un "registre international des dommages" destiné à rassembler les "preuves" des préjudices attribuables au réchauffement, élément phare du projet originel vu par l'AFP, a provoqué une levée de bouclier et a disparu.

Les plus gros responsables des émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle se montrent aussi régulièrement hostiles à tout mécanisme qui pourrait les forcer à verser des réparations à ceux qui sont les premières victimes du dérèglement climatique.

La résolution souligne toutefois que selon la CIJ, un Etat en violation de ses obligations climatiques engage sa responsabilité, avec l'éventualité de devoir octroyer "une réparation intégrale aux Etats lésés".

Les multiples révisions du texte n'ont pas suffi à lever notamment l'opposition des Etats-Unis, à nouveau sortis de l'Accord de Paris par Donald Trump.

Cette résolution "très problématique" inclut notamment "des exigences politiques inappropriées liées aux énergies fossiles et d'autres questions climatiques", a dénoncé l'ambassadrice américaine adjointe à l'ONU Tammy Bruce, refusant également de considérer comme "faisant autorité" l'avis de la CIJ sur lequel "les Etats-Unis ont de nombreuses inquiétudes".

Poursuivant leur pression, des pays producteurs de pétrole, comme Arabie saoudite et Koweït, ont eux en vain déposé des amendements jugés par Vanuatu comme une nouvelle tentative d'"affaiblir" encore le texte. Ils ont également multiplié les interventions de procédure pendant la session.

Les défenseurs du climat espèrent désormais que l'idée d'un registre des dommages revienne sur la table à la faveur d'un rapport du secrétaire général de l'ONU. Le projet de résolution lui demande de présenter des suggestions pour "favoriser le bon respect de toutes les obligations" mises en avant par la CIJ.