Claire Thoury prend la tête d'un Conseil économique, social et environnemental contesté
information fournie par AFP 20/05/2026 à 16:55

La militante associative Claire Thoury, le 3 avril 2022 à l'Elysée, à Paris ( POOL / Aurelien Morissard )

La responsable associative Claire Thoury a été élue mercredi présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese), devenant la première femme à la tête de cette institution qu'elle devra défendre contre les attaques sur son coût et son utilité.

A l'issue d'un vote à bulletins secrets, les conseillers du Cese l'ont élue par 97 voix contre 74 voix à son unique adversaire, l'entrepreneuse Dominique Carlac'h, pour présider jusqu'en 2031 cette troisième chambre du Parlement français, au rôle consultatif.

Dans sa déclaration d'intention, Claire Thoury avait dit vouloir faire du Cese "un repère dans ces temps troublés" et souhaité que l'institution, chargée de conseiller le gouvernement et le Parlement, le fasse "en temps réel", en s'inscrivant "pleinement dans le temps politique".

Dominique Carlac'h avait défendu la création d'un "observatoire des tensions", une "production réactive avec suivi d’impact" et une "stratégie de rayonnement" pour cette chambre parfois méconnue.

Les conseillers du Cese représentent les syndicats pour 52 d'entre eux, autant siégeant au nom des organisations d'employeurs, exploitants agricoles, artisans, professions libérales et des mutuelles. Quarante-cinq autres représentent les associations ou organismes œuvrant pour la cohésion sociale et territoriale et 26 siègent pour des organisations de protection de l'environnement.

Le bâtiment du Conseil économique, social et environnemental (Cese) au Palais d'Iéna à Paris, le 28 mai 2025 ( AFP / Hugo MATHY )

Âgée de 36 ans, Claire Thoury préside depuis cinq ans le Mouvement associatif, qui fédère plus de 700.000 associations, la moitié du nombre total en France.

Cette sociologue spécialiste des questions d'engagement était soutenue par presque tous les syndicats, une très large part du mouvement associatif, la Mutualité française et les employeurs de l'économie sociale et solidaire (Udes).

Elle affrontait Dominique Carlac'h, 57 ans, dirigeante d'un cabinet de consultants et ancienne vice-présidente du Medef, soutenue par la plupart des organisations patronales, selon un communiqué publié en mars par le Medef, la CPME, l'U2P, CCI France, les Chambres des métiers et de l'artisanat, les chambres d'agriculture, ainsi que la FNSEA.

- Divergence constructive -

La nouvelle présidente devra défendre l'institution face aux critiques sur l'utilité de ses rapports et son coût de fonctionnement, mis en cause en juillet par la commission des Finances de l'Assemblée nationale et la Cour des comptes.

Quelque 70 dirigeants syndicaux, patronaux et associatifs avaient en réaction défendu son rôle pour dialoguer et trouver des compromis, soulignant son coût modeste d'"à peine 0,006% du budget de l'Etat".

L'entrepreneure Dominique Carlac'h à Paris, le 11 avril 2026 ( AFP / Ian LANGSDON )

Quelques mois plus tôt, le député LR Philippe Juvin avait déposé une proposition de loi pour supprimer le Cese qui, selon lui, "fait partie de ces dépenses que l’État ne peut plus assumer, au regard de la situation de ses finances publiques".

"Il y a cinq ans, le budget du Cese était de 44 millions d'euros, au moment où je pars, il est de 34 millions d'euros" alors que l'inflation cumulée a dépassé 15% sur la période, avait fait valoir auprès de l'AFP son président sortant, Thierry Beaudet.

Grâce à une réforme de 2021 qui fait du Cese la chambre de la participation citoyenne, l'institution a organisé trois conventions citoyennes, dont les effets concrets restent cependant limités: sur le climat, sur la fin de vie, puis en 2025 sur les temps de l'enfant.

Aux critiques sur les 140 avis rendus par le Cese en cinq ans, souvent trop consensuels pour être utiles, Claire Thoury répond qu'il "faut assumer la divergence quand elle est constructive".