Ciotti l'emporte sur Estrosi et fait passer Nice à l'extrême droite
information fournie par AFP 22/03/2026 à 23:40

Éric Ciotti, président du groupe parlementaire UDR et candidat à la mairie de Nice pour l'Union de la droite et le Rassemblement national (RN), salue des partisans à son arrivée au QG de campagne à l'issue du 2e tour des municipales à Nice, le 22 mars 2026 dans les Alpes-Maritimes ( AFP / Valery HACHE )

Le duel fratricide est terminé: Eric Ciotti a remporté dimanche l'élection municipale à Nice, mettant fin à 18 ans de pouvoir sans partage de son rival Christian Estrosi et offrant la cinquième ville de France à l'extrême droite.

Le député UDR, allié au RN, a récolté 48,54% des voix devant le maire sortant Horizons (37,20%) et la tête de liste PS-PCF-écologistes Juliette Chesnel-Le Roux (14,26%).

C'était une ambiance de liesse sur le port devant la permanence d'Eric Ciotti, avec des centaines de partisans qui criaient "On a gagné !", en dégustant la fameuse socca niçoise, cette spécialité culinaire à base notamment de farine de pois chiches et d'huile d'olive.

"Je sentais ce désir de changement depuis des années, face à un système qui avait à bien des égards verrouillé la ville", a réagi le nouveau maire, face aux nombreux journalistes. Car pour lui, "Nice n'appartient à personne, ni à un clan, ni à un système".

Du côté de la permanence de M. Estrosi, près de la mairie, l'atmosphère était beaucoup plus morose parmi les quelques dizaines de partisans présents, et elle a viré à l'émotion quand le maire sortant a annoncé qu'il se retirait de la vie politique locale.

"Le mandat de maire de Nice était la clé de voûte de mon engagement politique. Après la transition républicaine, je n'exercerai pas mes mandats" à la ville et à la métropole, a-t-il déclaré, en disant "songer à d'autres défis".

En 2020, il avait été réélu avec près de 60% des voix, mais cette année, après trois mandats, ses appels vibrants à faire barrage à l'extrême droite n'ont pas suffi. Mme Chesnel-Le Roux a estimé que son passif ne lui permettait plus de s'ériger en rempart comme lors des régionales de 2015 ou 2021, et ses électeurs l'ont suivie.

Dans une ville de 355.000 habitants, dont plus d'un sur cinq vit sous le seuil de pauvreté derrière l'image de carte postale, Eric Ciotti a mis en sourdine les enjeux nationaux et les sujets marqués RN comme l'immigration pour marteler simplement que Nice avait besoin d'un nouvel élan.

Il a présenté une liste éclectique, officiellement sans étiquette, où les candidats RN étaient bien présents mais très discrets. Et il a tiré à boulets rouges sur la gestion des finances, l'augmentation de près de 20% de la taxe foncière en 2024 ou les nombreuses enquêtes judiciaires tournant autour du sortant.

Lui qui tient déjà le conseil départemental depuis 2008 avec son ami Charles Ange Ginésy, va désormais prendre les rênes de Nice et de son agglomération, fort aussi de la percée de ses alliés: le RN va diriger également Cagnes-sur-Mer, 4e ville du département, et Menton, à la frontière italienne, et des proches de M. Ciotti l'ont emporté à Cap d'Ail ou Vence.

- "Un sentiment d'injustice" -

Éric Ciotti, président du groupe parlementaire UDR et candidat à la mairie de Nice pour l'Union de la droite et le Rassemblement national (RN), salue des partisans à son arrivée au QG de campagne à l'issue du 2e tour des municipales à Nice, le 22 mars 2026 dans les Alpes-Maritimes ( AFP / Valery HACHE )

Mais le duel entre les frères ennemis niçois dépasse les frontières du département dans la mesure où il incarne le déchirement de la droite traditionnelle, dont ils ont été des piliers avant de virer l'un vers le macronisme, l'autre vers l'extrême droite.

A un an de l'élection présidentielle, Jordan Bardella, président du RN, avait déclaré à Menton la semaine dernière que les Alpes-Maritimes illustraient "la recomposition de la vie politique française".

Nombre d'élus locaux ayant gardé leur carte LR tout en étant proche de M. Ciotti pourraient sauter le pas rapidement. Et au niveau national, plusieurs ténors LR, à commencer par le patron du parti Bruno Retailleau, ont refusé de soutenir explicitement M. Estrosi.

Des partisans d'Éric Ciotti, président du groupe parlementaire UDR et candidat à la mairie de Nice pour l'Union de la droite et le Rassemblement national (RN), rassemblés devant le QG de campagne à l'issue du 2e tour des municipales à Nice, le 22 mars 2026 dans les Alpes-Maritimes ( AFP / Valery HACHE )

La campagne aura été particulièrement rude pour ce dernier qui, à 70 ans, n'avait jusqu'à présent perdu sur son nom qu'une élection cantonale en 1994: accusations, petites phrases, "bilan noir" de l'adversaire, transfuges d'une équipe à l'autre, vidéos désobligeantes, tweets assassins et débats télévisés cannibalisés par les invectives...

La fin de campagne a carrément viré au scénario de mauvais film quand M. Estrosi a retrouvé une tête de porc devant chez lui et que l'enquête a montré que plusieurs des personnes mises en cause gravitaient autour de ses propres équipes.

"Est-ce que les Niçois se sont vraiment bien rendu compte de ces 18 ans de passés, de tout ce qui a été fait pour faire de Nice une capitale européenne ?", s'est désolé le journaliste sportif Gérard Holtz, 19e sur la liste de M. Estrosi, évoquant "un sentiment d'injustice" après "une campagne délétère".