Chili: les tranchées anti-migrants de Kast divisent à la frontière avec le Pérou
information fournie par AFP 18/03/2026 à 08:45

Un soldat monte la garde près d'engins de chantier opérant près du poste frontalier de Chacalluta, à la frontière entre le Chili et le Pérou, le 16 mars 2026 ( AFP / Patricio BANDA )

Dans le désert du nord du Chili, à la frontière avec le Pérou, les tranchées creusées pour freiner l'immigration irrégulière, mesure phare du nouveau président d'extrême droite José Antonio Kast, divisent habitants et commerçants.

"Est-ce que cela va donner des résultats?" s'interroge Manuel Pérez, un Chilien de 50 ans dans la ville péruvienne frontalière de Tacna.

"La frontière s'étend sur des centaines de kilomètres et j'ai le sentiment qu'une tranchée ne réglera pas le problème de fond de l'immigration", ajoute-t-il.

Le projet de "bouclier frontalier" de José Antonio Kast, qui a pris ses fonctions il y a une semaine, prévoit la construction de "barrières physiques" sur près de 500 kilomètres dans trois régions du nord du Chili, aux frontières avec le Pérou et la Bolivie.

Les travaux ont débuté mardi à Arica par le creusement d'une tranchée de trois mètres de profondeur.

- "Très radicale" -

Dans cette zone de passage intense, où le commerce transfrontalier fait vivre une partie de la population, certains redoutent aussi un coup d'arrêt dans les échanges.

Le président chilien José Antonio Kast s'adresse à un groupe de soldats près du poste frontière de Chacalluta, à la frontière entre le Chili et le Pérou, le 16 mars 2026 ( AFP / Patricio BANDA )

"Au moins sur le plan commercial, il faudrait un peu plus de souplesse", plaide Irene Flores, une commerçante péruvienne de 50 ans, chargée de sacs de marchandises à son arrivée au poste frontalier de Chacalluta. Elle craint que des mesures plus strictes ne perturbent la fluidité des échanges.

De nombreux Péruviens se rendent à Arica pour travailler et faire du commerce, tandis que les Chiliens traversent la frontière pour se rendre à Tacna pour y faire des achats ou se soigner à moindre coût.

Sur une place de Tacna, le retraité péruvien Pedro Rosales, 79 ans, juge la mesure "très radicale".

Vue aérienne d'engins de chantier opérant près du poste frontière de Chacalluta, le long de la frontière entre le Chili et le Pérou, le 16 mars 2026 ( AFP / Patricio BANDA )

Le dispositif prévoit également un renforcement de la présence militaire et des moyens de surveillance, avec drones, capteurs et caméras, notamment aux points sensibles des passages clandestins.

Certains habitants saluent toutefois un signal de fermeté.

"La délinquance au Chili est très élevée", juge Angélica Ramirez, une ouvrière minière chilienne de 54 ans, interrogée par l'AFP à Arica. Le gouvernement "doit prendre des mesures plus drastiques", estime-t-elle.

La lutte contre l'immigration irrégulière et la criminalité, promesse centrale de campagne, a porté José Antonio Kast au pouvoir.

Une partie de la population associe l'augmentation de la criminalité à l'arrivée de migrants et de groupes criminels comme le gang vénézuélien Tren de Aragua.

Des soldats près d'engins de chantier opérant près du poste frontière de Chacalluta, à la frontière entre le Chili et le Pérou, le 16 mars 2026 ( AFP / Patricio BANDA )

Selon des données officielles, près de 337.000 migrants en situation irrégulière vivent au Chili, principalement des Vénézuéliens.

Les entrées irrégulières sont toutefois en baisse depuis 2021, avec un recul de 10,2% en 2025, selon des chiffres officiels.

Le Chili reste l'un des pays les plus sûrs d'Amérique latine avec un taux d'homicides en 2025 de 5,4 pour 100.000 habitants.