Chantage à la sextape: 20 ans requis contre "un gamin perdu" devenu "chasseur sexuel"
information fournie par AFP 24/03/2026 à 17:52

l'avocat général Jérémy Lhadi a requis mardi à Besançon une peine d'emprisonnement de 20 ans, dont deux tiers de sûreté, contre le bûcheron accusé d'avoir piégé, en se faisant passer pour une femme, 42 adolescents dont certains ont été violés ( AFP / DAMIEN MEYER )

Théo Denner est "un chasseur sexuel": l'avocat général Jérémy Lhadi a requis mardi à Besançon une peine d'emprisonnement de 20 ans, dont deux tiers de sûreté, contre le bûcheron accusé d'avoir piégé, en se faisant passer pour une femme, 42 adolescents dont certains ont été violés.

M. Denner "est un chasseur sexuel, méticuleux. C'est un chasseur par plaisir, par jouissance. Ce qui lui plaît, c'est la traque, la capture, la domination" de ses victimes, dont il collectionne les photos comme des "trophées", selon le représentant du ministère public qui a filé la métaphore de la chasse, passe-temps favori de l'accusé, avant de requérir la peine maximale.

La défense a fustigé une "caricature". Théo Denner n’est pas "un chasseur de faibles", "c'est un gamin perdu qui s'est caché derrière un avatar de femme", selon ses avocats Baptiste Monnot et Jules Briquet.

Le verdict de la cour criminelle du Doubs est attendu mercredi.

Dès le début de son procès le 9 mars, l'accusé de 25 ans a reconnu les faits, commis dans le Doubs entre 2018 et 2023. Des aveux à mettre au crédit du jeune homme qui "ne tente pas de fuir sa responsabilité" et a "apporté les explications qu'il pouvait, avec ses mots", soutient Me Briquet.

En apprentissage de bûcheronnage dans le nord du département, Théo Denner, homophobe et raciste revendiqué, avait créé sur les réseaux sociaux le profil "d'Aurélie", jolie bûcheronne qui appâtait les hommes en dévoilant des photos dénudées. Elle conversait avec ces adolescents de l'entourage scolaire, amical ou professionnel de Théo Denner pour obtenir d'eux des photos et vidéos intimes.

- "Communauté ravagée" -

L'avatar féminin leur ordonnait ensuite d'avoir des relations sexuelles avec Théo Denner, qu'elle disait être également victime de son chantage, avant de pouvoir enfin la rencontrer, ou sous peine de voir leurs images diffusées.

L'accusé les a "complètement avilis", selon le magistrat, avec un seul objectif: "l'assouvissement de ses désirs, quelles qu'en soient les conséquences".

Parmi les 42 victimes, âgés de 13 à 19 ans, essentiellement des hommes, six ont évoqué des viols, une dizaine des agressions sexuelles et les autres des faits de harcèlement sexuel ou encore d'atteinte à la vie privée.

"Ce dossier est vertigineux par le nombre de victimes" et "tout porte à croire" qu'il y en a "bien plus", selon Jean-Baptiste Euvrard, avocat de huit jeunes hommes et de leurs familles.

Cet homme a "ravagé une communauté", imposant à certains sa "perversion", a-t-il plaidé, évoquant des garçons "cassés, brisés, par les pratiques imposées" par Théo Denner.

Trapu, avec un tatouage de sanglier sur le bras, l'accusé, taiseux et peu expressif, a confié pendant son procès sa difficulté à admettre son homosexualité au sein d'une famille où les hommes considéraient qu'un "homosexuel, c'est une balle dans la tête".

"Approcher quelqu'un avec un profil de femme, c'était plus facile pour moi", a-t-il dit, assurant avoir été "dépassé par la situation".

- "Procès du silence" -

Me Monnot a souligné "la complexité" dans laquelle se trouvait son client "à 17 ans, pour gérer une sexualité impossible". "En créant ce profil d'Aurélie, Théo Denner a contourné ce moment du coming out", d'après lui.

Le jeune homme au visage joufflu entouré d'une barbe châtain, décrit comme "rustre et un peu limité" par une experte psychologue, prétend s'être "rendu compte" de la gravité des faits après son arrestation.

Enfant, il aurait lui-même été agressé sexuellement par un voisin de 17 ans.

L'enquête avait débuté en 2021, lorsqu'un adolescent avait dénoncé un viol. Les autres adolescents ne s'étaient jamais confiés.

Dans ce milieu social rural, "le silence est une culture" et Théo Denner a utilisé "le ressort de la honte" pour éviter qu'ils en parlent, analyse l'avocat général.

Pour lui, "le procès de Théo Denner, c’est le procès du silence. Ce silence de plomb, insidieux, qui ronge, soumet, détruit".