Ce qu'il faut savoir sur le référendum islandais sur l'UE
information fournie par Reuters 26/08/2026 à 08:00

L'Islande votera le 29 août sur la réouverture de négociations d'adhésion à l'Union européenne, première étape du plan de l'actuel gouvernement pro-européen pour rapprocher le pays de l'UE.

Le scrutin s'annonce très serré, les sondages montrant un électorat presque partagé à parts égales entre les partisans de l'ouverture de ces négociations et ceux qui estiment que l'Islande doit rester hors de l'UE.

S'AGIT-IL D'UN VOTE SUR L'ADHÉSION À L'UE ?

Non. Les électeurs se prononceront uniquement sur l'ouverture de négociations en vue d'une éventuelle adhésion. Une victoire du "oui" ouvrirait au moins deux années de discussions avec Bruxelles, suivies d'un second référendum, possiblement en 2028.

QUE SE PASSERA-T-IL SI LES ISLANDAIS DISENT "NON" ?

Le gouvernement considère ce scrutin comme une occasion "maintenant ou jamais". La Première ministre Kristrun Frostadottir a déclaré en août qu'un vote négatif écarterait la perspective d'une adhésion à l'UE.

QU'Y GAGNERAIT L'ISLANDE ?

Les partisans d'une adhésion estiment que cette dernière renforcerait l'économie islandaise, permettrait au pays de mieux défendre ses intérêts face à ses grands partenaires commerciaux et l'aiderait à résister aux tensions croissantes dans l'Arctique, dans un contexte où le président américain Donald Trump a dit vouloir prendre le contrôle du Groenland voisin.

L'Islande intégrerait l'union douanière européenne, qui prévoit l'absence de droits de douane entre les États membres et l'application d'un tarif extérieur commun aux marchandises importées.

Ce pays nordique pourrait également adopter l'euro à la place de la couronne islandaise, jugée volatile, afin de freiner l'inflation, de réduire le coût de la vie et de baisser les taux d'intérêt.

Elle siégerait aussi dans les institutions de l'UE : la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil européen, qui réunit les chefs d'État et de gouvernement.

QUELS SONT LES ARGUMENTS CONTRE ?

Selon les opposants à une entrée dans l'UE, une adhésion transférerait une partie du pouvoir décisionnel à Bruxelles sans renforcer pour autant la sécurité de l'Islande.

Le secteur de la pêche, pilier de l'économie islandaise et symbole de l'identité nationale, craint que la politique commune de la pêche de l'UE n'ouvre les eaux islandaises aux flottes étrangères.

En conservant sa monnaie, la couronne islandaise, le pays garderait une protection face aux aléas économiques puisqu'elle peut se déprécier face à l'euro et au dollar en période de ralentissement et s'apprécier quand l'économie se porte bien.

POURQUOI MAINTENANT ? QUI EST POUR, QUI EST CONTRE ?

Reykjavik a interrompu les négociations d'adhésion en 2013, quatre ans après avoir déposé sa candidature, à la suite de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement eurosceptique. Depuis, la hausse du coût de la vie et la guerre en Ukraine ont ravivé l'intérêt du public pour la réouverture du débat.

La coalition de centre-gauche formée en 2024 a accepté d'organiser ce référendum à l'initiative du Parti de la réforme, le parti le plus favorable à l'Union européenne.

Le parti social-démocrate de la Première ministre Kristrun Frostadottir est également partisan de l'UE, même s'il est resté plus discret sur le sujet. Le troisième partenaire de la coalition, le Parti du peuple, y est en revanche opposé.

Dans l'opposition, le Parti de l'indépendance dirigé par Guorun Hafsteinsdottir mène la campagne du "non".

QU'Y GAGNERAIT L'UE ?

L'adhésion de l'Islande élargirait la présence de l'UE dans l'Arctique, une région devenue un enjeu croissant de la rivalité entre grandes puissances.

Membre de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) mais dépourvue d'armée, l'Islande est située sur le passage Groenland-Islande-Royaume-Uni (GIUK), l'un des points les plus stratégiques de l’Atlantique Nord pour les mouvements de la marine russe.

L'Islande - membre de l'Association européenne de libre-échange (AELE) aux côtés du Liechtenstein, de la Norvège et de la Suisse - serait plus facile à intégrer que d'autres pays actuellement candidats puisqu'elle nécessiterait moins de réformes que l'Ukraine ou les pays des Balkans occidentaux, ce qui en ferait un cas rare d'adhésion relativement rapide.

(Reportage de Stine Jacobsen à Copenhague avec la participation de Lili Bayer à Bruxelles; Rédigé par Terje Solsvik; Version française par Aleksandra Kret, édité par Benoit Van Overstraeten)