Carburants : face à une crise "jamais vue", les stations-service ont le blues
information fournie par AFP 24/09/2026 à 10:08

Une station-service à l'ancienne à Molphey, en Côte-d'Or, le 21 septembre 2026 ( AFP / ARNAUD FINISTRE )

"C'était trop. J'ai décidé d'arrêter" : face à la baisse des ventes liée à la flambée des prix du carburants, ou aux "incivilités" d'automobilistes sur les nerfs, de plus en plus de gérants de stations-service se posent la question de jeter l'éponge.

Les prix record des carburants, gonflés par les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine, mettent à mal le modèle économique des stations, notamment celles qui ne peuvent s'aligner sur les prix plafonnés par le géant du secteur, TotalEnergies.

"Ça fait onze ans que je gère la station, et c'est la première année que c'est aussi compliqué", explique à l'AFP Sébastien Contremine, qui a "honte d'afficher ces prix", dans la station attenante à son garage de Vesseaux, au coeur de l'Ardèche.

Le 18 septembre, il s'est résolu à "fermer temporairement" sa station "en raison de la situation actuelle du marché", selon un message posté sur le compte Facebook du garage.

Entre 50 et 100 stations ferment chaque année, essentiellement dans les zones reculées, notamment concurrencées par les grandes surfaces. Celles-ci ont vu leurs points de vente plus que quadrupler sur la même période, représentant aujourd'hui la moitié du réseau et 65% des volumes vendus.

Ce basculement pourrait s'accélérer, à en croire le réseau Mobilians, qui représente l'essentiel des stations-service traditionnelles (hors grandes surfaces) : "pour 200 à 300 points de vente", selon les toutes dernières estimations issues des retours de ses adhérents, "la baisse prolongée des volumes épuise les trésoreries et compromet le maintien de l’activité", a-t-il indiqué jeudi.

Une station-service indépendante en milieu rural à Liernais, en Côte-d'Or, le 21 septembre 2026 ( AFP / ARNAUD FINISTRE )

Compte tenu de l'évolution des prix, Francis Pousse, président de la branche stations-service et énergies nouvelles de Mobilians, craint le pire dans les prochaines semaines pour les stations indépendantes qui ne s'approvisionnent pas chez TotalEnergies, compte tenu de l'écart "d'au moins 20 centimes, voire 30" avec les prix plafonnés par le géant pétrogazier.

Actuellement, les prix dans les stations TotalEnergies sont plafonnés à 1,99 euro le litre d'essence SP95-10 et 2,25 euros le litre de gazole, alors qu'en moyenne, toutes stations confondues, ils s'établissaient mercredi respectivement à 2,16 euros et 2,40 euros en France, selon une analyse par l'AFP des données publiques.

"Beaucoup d'incivilités"

Afin d'aider les stations les plus mal en point, Mobilians, qui réclame de longue date un "fonds diversification" pour aider les commerces à se transformer, sur le modèle des buralistes, a demandé en fin de semaine dernière "un fonds d'urgence", pour aider les stations les plus mal en point à "franchir" la crise actuelle. Sans réponse à ce stade.

Des véhicules font la queue pour accéder à une station-service TotalEnergies à Civray-de-Touraine, en Indre-et-Loire, le 17 septembre 2026 ( AFP / Alain JOCARD )

"Ca fait plusieurs mois, plusieurs semaines qu'on se bat pour rester compétitif. Mais depuis 10-15 jours, les prix s'envolant, ça devient compliqué pour nous en termes de volumes", confirme Delphine Le Guen, 45 ans, qui a repris il y a 15 ans la station de ses parents à Plouguin (Finistère), 2.500 habitants, en périphérie de Brest.

Dans cette station attenante à un garage Renault, le litre de gazole est affiché ces jours-ci à 2,49 euros et le litre de SP95-E10 à 2,275. De quoi dérouter davantage de clients vers la station TotalEnergies à une dizaine de kilomètres.

Dans les stations approvisionnées par le champion français des hydrocarbures, la conjoncture chaotique a également des conséquences.

Depuis le plafonnement des prix à la pompe par leur fournisseur, Alexandra Destraz et son mari ont vu exploser la demande de la station-service sous enseigne TotalEnergies, qui complète l'activité de leur garage Peugeot, à Charquemont, village du Doubs de 2.900 habitants.

Un client rentre dans une station-service indépendante qui fait aussi bar à Paray-le-Monial, en Saône-et-Loire, le 22 septembre 2026 ( AFP / ARNAUD FINISTRE )

La ruée des automobilistes y génère "beaucoup d'incivilités" : "les gens appellent très tôt le matin ou viennent voir si on a de l'essence, sans dire +bonjour+ ni +au revoir+; certains remplissent des jerricans en se cachant, ils se rentrent dedans pour se doubler dans la file d'attente, ils viennent se plaindre car il n'y en a plus...", déplore Mme Destraz.

"On a une petite station de village, mais mon cœur de métier, c'est la réparation automobile. On n'est pas là pour gérer les incivilités, les impolitesses", dénonce-t-elle, avant de conclure : "c'était trop. J’ai décidé d’arrêter. Vendredi à 18H15 mes cuves étaient vides, j'ai arrêté", précisant anticiper ainsi la fermeture de la station, qui était prévue initialement dans quelques mois pour déménager son activité.