Canicule : quels risques pour les économies européennes ?
information fournie par Boursorama avec Media Services 26/06/2026 à 12:33

( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )

Les pertes cumulées de produit intérieur brut (PIB) pourraient atteindre 240 milliards de dollars en France sur la période 2026-2030, selon les calculs de Allianz Trade.

La canicule n'épargne décidément personne. En plus des températures, elle fait également grimper la facture pour les économies européennes. "Les vagues de chaleur extrême", comme celle qui étouffe l'Europe de l'ouest pour la deuxième fois en moins d'un mois, "apparaissent comme un risque économique structurel, auquel l'Europe est particulièrement exposée", note Allianz Trade dans une étude récente.

Le Vieux Continent accumule des faiblesses : une population vieillissante, un parc immobilier urbain dense et une climatisation peu répandue, dans seulement 19% des foyers en moyenne, contre 90% environ aux Etats-Unis, explique la filiale de l'assureur allemand Allianz spécialisée dans l'assurance-crédit. Ces vagues de chaleur sont de plus en plus fréquentes et le consensus scientifique avertit que le changement climatique induit par l'activité humaine rend plus aigus les phénomènes météorologiques extrêmes.

"La France tourne au ralenti", a récemment constaté Patrick Martin, patron du Medef, première organisation patronale française. "Immanquablement, c'est une désorganisation du travail et au cas par cas, moins de travail", a-t-il ajouté sur BFMTV/RMC. Allianz Trade identifie "un seuil critique" d'environ 30°C au-delà duquel les pertes de productivité s'intensifient rapidement.

Des effets perceptibles à moyen terme

Si "les vagues de chaleur survenant au printemps, en automne et en hiver peuvent stimuler l'activité économique", notamment dans la construction et la restauration, celles se produisant en été - lorsque les températures sont déjà élevées - "freinent l'activité", indique la Banque centrale européenne (BCE) dans un billet de blog publié en 2025. Baisse de productivité des entreprises, réorientation des investissements vers l'adaptation au changement climatique au détriment des investissements technologiques par exemple, ou hausse des prix affectant le pouvoir d'achat des ménages... Au-delà de l'impact immédiat, les conséquences de la canicule sur l'économie sont perceptibles aussi à moyen terme, selon l'institution monétaire.

Elle a étudié les effets macroéconomiques des vagues de chaleur, sécheresses et inondations dans 1.160 régions européennes, et estime l'activité économique pénalisée à hauteur de 1,5 point de pourcentage deux ans après une vague de chaleur estivale, et 3 points de pourcentage quatre ans après une sécheresse. A "moyen terme, clairement, ça a un effet négatif sur la croissance", a abondé le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin sur France Inter.

"Un frein structurel à l'économie"

La chaleur extrême, qui peut tirer à la hausse les prix de l'énergie en raison d'une consommation accrue, due à la climatisation notamment, peut aussi contribuer à gonfler les prix alimentaires et l'inflation à moyen terme, en perturbant les récoltes et les chaînes d'approvisionnement. La BCE a chiffré à environ 0,7 point de pourcentage la hausse du taux d'inflation alimentaire en Europe lors de la sécheresse de 2022. La production d'huile d'olive, par exemple, avait été durement touchée, provoquant une envolée des prix.

L'institution de Francfort estime qu'à l'avenir, ce phénomène de hausse des prix à cause du changement climatique pourrait s'amplifier, de quoi compliquer sa tâche pour anticiper les niveaux d'inflation. "Sans transition rapide, qui engage adaptation climatique et neutralité carbone, ces phénomènes risquent de s'installer durablement comme un frein structurel à l'économie", prévient Hazem Krichene, économiste spécialiste du climat chez Allianz, plaidant pour "une meilleure coordination" au niveau européen pour y faire face préventivement.

"Un mur d'investissements" en matière d'adaptation au changement climatique

Allianz Trade a calculé que les pertes cumulées de produit intérieur brut (PIB) pourraient atteindre 5 à 7% pour les économies les plus exposées sur la période 2026-2030. Ces pertes atteindraient 240 milliards de dollars en France, 147 milliards en Italie, 131 milliards en Allemagne ou encore 120 milliards en Espagne. La perte de production causée par la chaleur met aussi les budgets des Etats sous tension en réduisant les recettes fiscales, jusqu'à 1,8% par an en France, tandis que les dépenses augmentent, notamment en matière de santé ou d'infrastructures. Et les soldes budgétaires des pays européens, c'est-à-dire la différence entre les recettes et les dépenses, se détériorent d'environ 0,5% du PIB par an en moyenne, ajoute l'assureur-crédit.

Une dégradation malvenue des finances publiques alors que, selon la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, la France - comme d'autres pays - est devant "un mur d'investissements" en matière d'adaptation au changement climatique.