Cadavre démembré d'une femme aux Buttes-Chaumont: un mari jusqu'alors si ordinaire information fournie par AFP 06/07/2026 à 16:41
D'un couple ordinaire à la sauvagerie meurtrière, jusqu'à découper le corps de son épouse et l'éparpiller dans le parc des Buttes-Chaumont: Lakhdar Matoug répond depuis lundi de meurtre devant la cour d'assises de Paris, où il encourt la perpétuité.
Cheveux et barbe poivre et sel, lunettes rectangulaires, dans un polo rouge dessinant un physique massif, l'accusé, 53 ans, entend depuis son box sa vie défiler.
Au premier jour d'un procès qui doit en durer cinq, une enquêtrice de personnalité est venue raconter lundi matin à la barre l'enfance "heureuse" à Alger, le départ pour la France, bientôt rejoint par sa femme Assia, la naissance des trois enfants et ce couple somme toute banal qui avait fini par s'installer dans un T4 à Montreuil (Seine-Saint-Denis), après des années de galère en hôtel social.
Lakhdar Matoug, que tout le monde appelle Youssef, son deuxième prénom, est un "travailleur", "débrouillard" - il a fini par décrocher un CDI de chef de rayon dans un supermarché de l'Essonne. Et s'il a dû se mettre en arrêt depuis 2022 en raison d'une hernie discale, c'est lui qui s'occupe d'emmener les enfants à l'école et de leur préparer les repas.
Surtout, Youssef Matoug est un "calme": "Il ne s'énerve jamais, on le surnommait +Le zen+, il fait tout pour ne pas contrarier l'autre", détaille l'enquêtrice de personnalité, tel que l'ensemble des proches du couple le lui a raconté.
Dans son box, l'accusé, regard baissé, n'est que contrition. Son fils aîné, à quelques mètres sur le banc des parties civiles, se ronge les ongles et fait tout pour ne pas croiser le regard de ce géniteur longtemps réputé si doux.
Facture de la meuleuse
Car la description du quinquagénaire tranche avec les faits reprochés, de nouveau reconnus à l'ouverture de l'audience.
Oui, il a tué sa femme au domicile familial, a d'abord entreposé le corps sur un canapé en demandant aux enfants de ne pas déranger leur mère, prétendument "malade".
Oui, il l'a ensuite découpée.
Si le président de la cour d'assises a prévenu qu'aucune image du cadavre ne serait projetée, la seule diffusion dans la salle d'audience du cliché de la facture de la meuleuse qui a servi au forfait suffit à susciter l'effroi.
De même que la capture d'écran de la vidéosurveillance de ce Castorama du sud-est parisien, dans lequel il aura fallu 7 minutes à l'accusé, bonnet et parka, pour acheter l'outil.
Oui, Lakhdar "Youssef" Matoug s'est ensuite débarrassé des sacs dans lesquels il avait mis les restes de sa femme dans les travées du parc des Buttes-Chaumont, dans le nord-est de la capitale.
C'étaient des jardiniers qui avaient fait la découverte, le 13 février 2024 vers 14h30, d'un bassin de femme dissimulé dans un sac noir. Des recherches poussées ont permis de retrouver d'autres parties du même corps disséminé dans ce vaste parc au fort dénivelé.
Si Lakhdar Matoug avait signalé depuis quelques jours la disparition de son épouse, "des imprécisions qui (nous ont mis) la puce à l'oreille", a raconté lundi le directeur d'enquête de la brigade criminelle.
Placé en garde à vue, "au bout de sa troisième audition", celui qui était passé de veuf éploré à suspect avait formulé des aveux et fini par indiquer le lieu dans lequel se trouvait le morceau manquant du corps de son épouse: le buste, transporté dans une poussette puis jeté dans un terrain vague de Bobigny, où il s'était rendu en bus.
Dettes
Les débats, et notamment l'interrogatoire de l'accusé prévu mercredi, devront établir les raisons du passage à l'acte. Lors de l'instruction, l'accusé a toujours fait état d'une dispute qui a mal tourné, un étranglement de quelques secondes - les experts médico-légaux ont assuré qu'il fallait au moins plusieurs minutes pour provoquer la mort.
La découpe du cadavre ? "Il a dit que c'était pour protéger les enfants", a assuré le directeur d'enquête.
Les finances du couple étaient en tout cas largement grevées par les dettes, notamment au fisc après la faillite d'une entreprise de Lakhdar Matoug.
Les proches de la victime ont assuré aux enquêteurs que, dans les semaines qui ont précédé le drame, Assia Matoug avait "le sentiment qu'il allait se passer quelque chose".