Cacophonie dans l'enseignement catholique au sujet d'une fermeture de Bétharram information fournie par AFP 22/01/2026 à 19:19
Fermera, fermera pas ? La structure associative qui fédère la gestion des établissements scolaires catholiques a annoncé jeudi la fin prochaine du site de Bétharram, au cœur d'un scandale de violences physiques et sexuelles, avant d'être démentie par le secrétariat général du secteur, rattaché à l'Église.
"Le mot Bétharram doit être envoyé aux oubliettes de l'Histoire", a déclaré sur la radio RTL, à la mi-journée, Pierre-Vincent Guéret, président de la Fédération nationale des organismes de gestion de l'enseignement catholique (Fnogec), qui chapeaute le fonctionnement des établissements.
Depuis deux ans, près de 250 plaintes ont été déposées par d'anciens élèves de Notre-Dame-de-Bétharram auprès du parquet de Pau, mettant en cause des prêtres et des laïcs pour des faits commis entre la fin des années 1950 et le début des années 2000.
"Le symbole doit disparaître", a ajouté le responsable, précisant que l'ensemble scolaire fondé en 1837 à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), rebaptisé Le Beau Rameau depuis 2009, aurait fermé ses portes "à l'été" et que ses élèves actuels poursuivraient leur scolarité dans l'établissement catholique d'une commune voisine, Igon.
Son annonce a rapidement été saluée par le principal porte-parole des victimes, Alain Esquerre, et les députés Violette Spillebout (Renaissance) et Paul Vannier (LFI), co-rapporteurs d'une commission d'enquête parlementaire - née du scandale - sur le contrôle par l'État des établissements scolaires, publics et privés.
Mais les propos de M. Guéret ont été démentis, dans l'après-midi, par le Secrétariat général de l'Enseignement catholique (Sgec), chargé de "mettre en œuvre la politique" du secteur en accord avec la Conférence des évêques de France.
"Il n'est pas question de fermeture de l'établissement à ce stade", a assuré cette instance dans un communiqué, saluant le travail engagé par la direction du Beau Rameau pour "rétablir la confiance et la sérénité", ce qui "demande temps et discernement".
Une mission visant à "renouveler en profondeur la gouvernance de l'Enseignement catholique" doit par ailleurs être lancée lundi, selon le Sgec.
- "Dissonance" -
"Querelle de chefs", balaie Alain Esquerre, ancien élève de Bétharram qui fut à l'origine de la révélation du scandale, auquel il a consacré un livre. Selon lui, l'établissement est dans une situation financière "catastrophique" et sa fermeture est bien actée, les parents d'élèves en étant informés.
"Sans Ogec, il n'y a pas de financement public et le fonctionnement ne peut perdurer dans son cadre actuel", abonde le député Paul Vannier, interrogé par l'AFP.
"Cette dissonance démontre que l'enseignement catholique est mal à l'aise dans les mesures à prendre", juge de son côté Violette Spillebout, qui appelait "depuis longtemps", avec son collègue co-rapporteur, à la fermeture de ce "lieu de terribles souffrances".
Quinze prêtres, presque tous décédés, et quatre laïcs ont été mis en cause. Mais seules deux plaintes ont échappé à la prescription, conduisant à la mise en examen, pour viol et agression sexuelle, d'un ex-surveillant placé en détention.
Des violences avaient déjà été dénoncées dans les années 1990 mais la parole des anciens élèves ne s'est libérée qu'à partir de l'automne 2023, dénonçant fellations et masturbations forcées, passages à tabac, humiliations et supplices.
Des faits pour lesquels la congrégation des pères de Bétharram a reconnu sa responsabilité, l'an dernier après que le scandale eut éclaté, et compte indemniser toutes les victimes.
Selon le président de la Fnogec, fermer l'établissement nécessite l'accord de cette communauté religieuse, dont le siège est à Rome. "Si celle-ci ne s'engage pas, on les attaquera en justice", a lancé M. Guéret au micro de RTL.
Dans un communiqué, la congrégation de Bétharram a rappelé qu'elle n'avait plus, depuis juillet, la tutelle sur l'établissement béarnais, exercée désormais par celle des Filles de la Croix, implantée à Igon.
Elle reste cependant propriétaire des murs, a précisé à l'AFP son vicaire régional, Jean-Marie Ruspil.