Bordeaux: mobilisation et reports de voix au cœur du duel Hurmic-Cazenave
information fournie par AFP 20/03/2026 à 07:31

Pierre Hurmic (G) et Thomas Cazenave, lors d'un débat le 26 février 2026, à Bordeaux ( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )

Le retrait surprise de Philippe Dessertine a transformé le second tour à Bordeaux en un duel incertain entre le maire écologiste sortant Pierre Hurmic et l'ex-ministre macroniste Thomas Cazenave, suspendu aux reports de voix et à la mobilisation des abstentionnistes.

"On passe d'une configuration où Pierre Hurmic pouvait se faire réélire dans un fauteuil, sans besoin de faire d'appels à la gauche parce que les deux candidats à sa droite se neutralisaient, à un duel où, mathématiquement, Thomas Cazenave peut récupérer une bonne partie du vote Dessertine et donc être largement devant", estime le politologue Vincent Tiberj.

Mais il n'y a "pas de report automatique, notamment parce qu'une partie du vote Dessertine est un vote conservateur et un vote qui a pris au Rassemblement national, donc il n'est pas évident que ses électeurs aillent vers un candidat macroniste qui incarne le système qu'ils rejettent", complète son collègue de Sciences-Po Bordeaux, Ludovic Renard.

M. Cazenave, dont la liste d'union de la droite et du centre est arrivée deuxième du premier tour, juste derrière le maire sortant (25,58% contre 27,68%), cible clairement ces 20,20% d'électeurs qui ont voté pour l'économiste "sans étiquette" aux propositions sécuritaires et libérales, autoproclamé candidat "hors système", et qui "veulent l'alternance".

- Méthodes dénoncées -

Philippe Dessertine, entouré de ses partisans, à Bordeaux le 4 mars 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

Le député Renaissance a répété mercredi, lors d'un débat avec M. Hurmic organisé par le journal Sud Ouest et la chaîne Public/Sénat, qu'il partageait "le même constat" que M. Dessertine sur la ville. Il a martelé que la situation s'est "dégradée sur le plan de la sécurité", prônant d'armer toute la police municipale, et non seulement un quart comme l'a fait le maire sortant.

Il a aussi promis, comme l'économiste, de "rallumer immédiatement toute la ville la nuit", d'améliorer la propreté et l'attractivité de la ville, via notamment un "moratoire sur la piétonnisation", "un choc terrible pour une partie du commerce de centre-ville".

Pierre Hurmic rétorque que la "réduction de la place de la voiture en ville va dans le sens de l'histoire" et que "le commerce est surtout florissant dans les rues piétonnes". Le maire sortant a aussi pris un malin plaisir à citer M. Dessertine déclarant que Bordeaux ne serait "pas la dernière ville à avoir un maire macroniste".

L'écologiste, vainqueur surprise en 2020 dans cette ville dirigée depuis 1947 par la droite, ne cesse de dénoncer depuis mardi soir la "brutalité" des méthodes employées pour "débrancher" Philippe Dessertine.

Thomas Cazenave a fustigé mercredi "des propos extrêmement scandaleux", "qui illustrent" la "méthode" du maire sortant "depuis longtemps: cliver, attaquer et maintenant, calomnier". "Thomas Cazenave ne supporte plus depuis quelque temps qu'on le traite de macroniste", a ironisé en retour M. Hurmic.

- Réserves à gauche -

"Je ne vous reproche pas de dire que je suis macroniste, a répondu l'ancien ministre des Comptes publics d'Élisabeth Borne et Gabriel Attal. Depuis le début, c'est votre seul argument."

Le LFI Nordine Raymond, le 26 février 2026 à Bordeaux ( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )

Pour le sortant, l'enjeu est de convaincre les plus de 17% d'électeurs qui ont voté pour d'autres listes de gauche ou d'extrême gauche, à commencer par ceux de la France insoumise (9,36%), dont la tête de liste Nordine Raymond a appelé jeudi à voter pour l'élu écologiste malgré le refus de ce dernier de fusionner au second tour.

Il lui faut aussi mobiliser les abstentionnistes du premier tour (41,92%), dans une ville de 265.000 habitants qui compte 27.000 inscrits de plus qu'en 2020, "parce que l'un des éléments les plus frappants, c'est que Pierre Hurmic est moins fort que la gauche au moment des législatives", souligne M. Tiberj.

L'analyse de la carte électorale fait ressortir "une participation vraiment plus faible" dans les quartiers favorables à l'écologiste que dans ceux où l'on a voté majoritairement pour Dessertine et Cazenave, confirme M. Renard.

Le sortant a ainsi concentré sa campagne d'entre-deux-tours dans les quartiers populaires pour parler pouvoir d'achat, centres de santé municipaux ou promettre le maintien d'un bureau de poste menacé de fermeture. En donnant une forte tonalité sociale à son prospectus distribué dans les boîtes aux lettres en vue du second tour.