Bordeaux: l'imprévisible Dessertine se retire, duel Hurmic-Cazenave au second tour
information fournie par AFP 17/03/2026 à 22:33

Pierre Hurmic (g) et Thomas Cazenave, lors d'un débat le 26 février 2026, à Bordeaux ( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )

Coup de théâtre à Bordeaux, où l'outsider Philippe Dessertine, qui refusait de s'allier à Thomas Cazenave pour le second tour des municipales, n'a finalement pas déposé de liste, laissant le champ libre au député macroniste face au maire sortant écologiste, Pierre Hurmic.

Ce retrait du candidat, qui défendait un programme proche du sien, est une excellente nouvelle pour l'ancien ministre des Comptes publics, devancé de seulement deux points par M. Hurmic (27,68% contre 25,58%) au premier tour dans cet ancien fief de Jacques Chaban-Delmas puis d'Alain Juppé, dirigé par la droite de 1947 à 2020.

M. Cazenave a d'ailleurs "salué la décision de Philippe Dessertine" et appelé ses électeurs à comparer leurs programmes car ils ont "beaucoup de points de convergence".

"Je pense que c'est mieux aujourd'hui d'être deux avec un choix clair qu'une triangulaire", a-t-il ajouté mardi soir lors d'un point-presse. "Une nouvelle campagne démarre", "un choix très politique entre une ville qui s'est beaucoup repliée, une équipe qui a beaucoup nié les problématiques du quotidien et un projet qui vise à relancer l'ambition de Bordeaux".

M. Hurmic évoque, lui, un choix entre "le macronisme à la bordelaise et l'écologie à la bordelaise", "une écologie juste", mâtinée "d'impératifs de solidarité", tout en regrettant "un appauvrissement du débat", car M. Dessertine "portait une vision et un projet", contrairement à M. Cazenave, qui "se contente d'un dénigrement systématique de Bordeaux".

Pour sa première campagne politique, M. Dessertine, connu jusque-là comme expert économique sur les plateaux télévisés, avait créé la surprise, terminant troisième dimanche dernier, avec un score supérieur à celui annoncé par les rares sondages (20,20%).

"Ces 20,2% sont insuffisants (...). La victoire dimanche prochain n'est pas envisageable", a-t-il regretté lors d'une réunion publique mardi soir, prévue initialement dans le cadre de sa campagne pour le second tour.

"Conformément à nos principes (...) nous ne sommes entrés dans aucune discussion, aucune tractation, aucune négociation. J'ai donc pris la décision de me retirer dès ce soir de la course à la mairie de Bordeaux", a ajouté celui qui, lundi soir encore, assurait au journal Sud Ouest pouvoir "transformer l'essai" dimanche.

- Courtisé par Cazenave -

Philippe Dessertine, à Bordeaux le 17 mars 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

Courtisé à plusieurs reprises par le député Renaissance, qui lui a encore parlé lundi, M. Dessertine, 62 ans, avait systématiquement écarté toute alliance depuis sa déclaration de candidature à la mi-septembre.

Son programme qui promettait "l'ordre dans la rue", le retour de l'éclairage public la nuit et la chasse aux mauvaises herbes sur les trottoirs, mais aussi un déluge d'argent privé sur la ville, avait fait mouche dans les quartiers aisés de la ville, faisant directement concurrence au député.

Le retrait de Philippe Dessertine survient quelques heures après la publication d'une tribune de soutien à M. Cazenave, dans laquelle l'ensemble des présidents des grands partis de la droite et du centre écrivaient que "l'unité est la clé de la victoire" à Bordeaux.

"Aucune voix ne doit manquer", ajoutaient le président LR du Sénat, Gérard Larché, ainsi que les dirigeants des Républicains, de Renaissance, du MoDem, d'Horizons, de l'UDI et Nathalie Delattre, présidente du Parti radical et colistière de M. Cazenave.

- Militants déçus -

Cette tribune n'a "absolument pas" joué dans cette décision de retrait, selon M. Dessertine qui assure l'avoir prise "sans avoir besoin de demander l'autorisation à quiconque", même s'il a subi des "pressions amicales et non amicales" depuis six mois, car "le système "n'aime pas les candidats hors système".

Rebondissant sur ces propos, M. Hurmic a déploré les "méthodes employées", "une sorte d'importation de la brutalité du débat politique national".

Même si M. Dessertine "n'appelle à voter pour personne" et si certains de ses militants déçus déclaraient qu'ils n'iraient pas voter dimanche, quand d'autres estimaient "qu'il n'y a rien de pire que Hurmic", cette nouvelle configuration complique la donne pour le maire sortant, qui a écarté lundi la main tendue par le candidat insoumis Nordine Raymond (9,4%).

Il assure cependant ne pas être inquiet car la gauche, qui a rassemblé 45% des voix toutes listes confondues, a des réserves de voix, puisque "l'abstention a été beaucoup plus forte dans les bureaux de gauche que dans les bureaux de droite" au premier tour.

Et il compte aussi sur "toutes les Bordelaises et tous les Bordelais qui ne veulent pas se réveiller lundi matin avec l'installation de ce macronisme municipal qui a déjà abîmé la France".