Bolivie : narcotrafic et lutte pour le pouvoir au cœur de la chute du procureur général
information fournie par AFP 06/10/2026 à 20:23

Le président bolivien Rodrigo Paz (g) serre la main du procureur général par intérim José Armando Urioste lors d'une cérémonie officialisant sa nomination au palais du gouvernement, à La Paz, le 5 octobre 2026 ( AFP / Aizar RALDES )

Procureurs arrêtés, liasses de billets cachées dans une ambulance, accusations de narcotrafic : la justice bolivienne est dans la tourmente après l'arrestation du procureur général Roger Mariaca, dans le viseur de Washington.

Placé en détention préventive pour six mois, l'ancien magistrat fait l'objet d'une enquête pour blanchiment d'argent, trafic de drogue et criminalité organisée.

Mercredi dernier, il a été arrêté à Santa Cruz (est) en même temps que trois autres procureurs. Quelques jours plus tôt, les États-Unis avaient annulé son visa et celui d'autres hauts responsables et entrepreneurs de Bolivie, Colombie, Équateur et Pérou, accusés de corruption ou de liens avec le narcotrafic.

Voici les clés pour comprendre l'affaire.

Cas sensibles

En 2024, Roger Mariaca a été placé à la tête du ministère public par le Parlement, alors contrôlé par le Mouvement vers le socialisme (MAS), parti des anciens présidents socialistes Luis Arce et Evo Morales. Ce dernier est aujourd'hui l'un des principaux opposants du chef de l'État de centre droit Rodrigo Paz.

Auparavant, il était le chef des procureurs de Santa Cruz, département le plus touché par le narcotrafic.

Roger Mariaca, alors procureur général bolivien, au siège de la vice-président à La Paz, le 22 octobre 2024 ( AFP / AIZAR RALDES )

Roger Mariaca a toujours été une figure "controversée" en raison de "dossiers polémiques" sous sa supervision, explique à l'AFP la sociologue Luciana Jauregui.

Parmi eux, une enquête visant le narcotrafiquant uruguayen Sebastian Marset, l'un des hommes les plus recherchés du cône Sud, et celle visant Fernando Cerimedo, consultant argentin proche de M. Paz, détenu pour tentative de féminicide et également visé par des soupçons de corruption.

Roger Mariaca a dénoncé l'annulation de son visa comme une "pression" liée au dossier Cerimedo.

Depuis août, en tant que procureur général, "il a progressivement pris une dimension politique", note Luciana Jauregui.

Narcotrafic

Washington accuse l'ex-procureur d'avoir reçu "des pots-de-vin pour faciliter le narcotrafic et aider des délinquants violents à échapper à la justice", ce que M. Mariaca nie.

Le gouvernement bolivien affirme de son côté que, sous son mandat, le parquet est devenu une "organisation criminelle".

Selon les autorités, la nuit de son interpellation, une ambulance a été interceptée en quittant sa résidence avec 300.000 dollars cachés à bord.

Le ministre de l'Intérieur bolivien Marco Antonio Oviedo lors d'une conférence de presse à La Paz, le 1er octobre 2026 ( AFP / Aizar RALDES )

En 2023, lorsque Roger Mariaca était en charge de l'affaire Marset, ce dernier avait échappé à une vaste opération visant à l'arrêter. Le ministre de l'Intérieur, Marco Antonio Oviedo, accuse le parquet de l'avoir "laissé partir".

Marset a finalement été arrêté en Bolivie en mars et expulsé vers les États-Unis. Des médias locaux ont diffusé une vidéo de son arrestation, que l'AFP n'a pas pu vérifier, dans laquelle il déclare aux policiers : "Mariaca est mon ami".

Rôle de Washington

L'opération qui a mené à l'arrestation de Mariaca a été menée par la police avec la coopération des services de renseignement américains, assure le gouvernement bolivien.

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a salué l'opération, tout comme les 15 pays membres du Bouclier des Amériques, l'alliance de gouvernements de droite contre le crime transnational dans la région, dirigée par l'administration Trump.

"Ce sont les États-Unis qui gouvernent", a fustigé Evo Morales.

"D'une certaine manière, la pression extérieure constitue un point d'appui" pour Rodrigo Paz "face à sa faiblesse interne", estime Luciana Jauregui, alors que la coalition du chef de l'Etat s'est disloquée et que son gouvernement affronte la colère de la rue.

Lutte pour le pouvoir

Après l'arrestation de Roger Mariaca, le parquet a désigné Luis Montaño pour lui succéder, mais le gouvernement a accusé ce dernier d'entraver l'affaire et n'a pas reconnu son autorité.

À l'aube samedi, au terme d'une longue séance, le Parlement a désigné José Armando Urioste procureur général intérimaire, après avoir approuvé une réforme permettant de destituer Mariaca et de le remplacer.

Une sénatrice de l'opposition a dénoncé la présence de représentants diplomatiques américains, argentins et péruviens, qu'elle a filmés.

Selon la politologue Adriana Rodriguez, le parquet est le théâtre d'une "lutte pour le pouvoir politique" dans l'attente de la désignation de son titulaire définitif.