Birmanie: le chef de la junte reste au pouvoir comme président information fournie par AFP 03/04/2026 à 11:40
Le chef de la junte birmane, Min Aung Hlaing, a été désigné sans surprise président vendredi à l'issue d'un processus électoral contesté à l'international, qui lui permet de prolonger sa mainmise sur le pays, dans un costume civil.
Le résultat du vote du Parlement, largement acquis à sa cause, ne faisait aucun doute: opposé à deux autres candidats, Min Aung Hlaing a obtenu 429 voix, sur 584 exprimées, et pourra continuer à diriger la Birmanie.
Le dirigeant de 69 ans a renversé par un coup d'Etat en 2021 le gouvernement élu de la prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, emprisonnée depuis, plongeant le pays dans une guerre civile.
Après cinq années de régime autoritaire, la junte a organisé des élections législatives en décembre et janvier, présentées comme un retour à la démocratie.
Le scrutin n'a cependant pas pu se tenir dans de vastes zones contrôlées par des rebelles et a abouti à une victoire écrasante, sans opposition, des partis pro-militaires.
"C'est une période de reconstruction pour notre pays. Nous avons maintenant commencé à emprunter la voie démocratique", a déclaré à l'AFP un député de la chambre basse, Sai Hsa Han.
- "Rebranding superficiel" -
Les élections législatives ont été dénoncées par de nombreux pays et observateurs internationaux comme une manœuvre destinée à un transfert de pouvoir de l'armée à elle-même, sous un déguisement civil.
"L'armée birmane ne se réformera jamais. La seule chose qui change, ce sont les formes de système politique qu'elle utilise pour assurer sa survie", a commenté l'ONG britannique Burma Campaign UK, qui n'y voit qu'un "changement d'image superficiel".
En vertu de la Constitution, Min Aung Hlaing était tenu d'abandonner ses fonctions militaires pour devenir président.
Il a été remplacé en début de semaine à la tête des forces armées par l'un de ses fidèles, Ye Win Oo, ancien chef du renseignement militaire, ce qui lui permettra de continuer à en tirer les ficelles en coulisses.
L'armée a dirigé la Birmanie pendant la majeure partie de son histoire depuis son indépendance en 1948, se présentant comme la seule force capable de lui garantir stabilité et prospérité.
Les généraux ont desserré leur emprise durant une décennie d'interlude démocratique, entre 2011 et 2021, marquée par une vague de réformes et d'optimisme dans le sillage de la très populaire Aung San Suu Kyi.
Mais les militaires ont repris le pouvoir au prétexte de fraudes électorales qui n'ont jamais été vérifiées.
- Relations diplomatiques -
Des analystes estiment que le tour de passe-passe conclu par l'élection de Min Aung Hlaing à la présidence est en partie destiné à améliorer les relations diplomatiques de la Birmanie et attirer davantage d'investissements étrangers dans le pays.
"La Chine est prête à travailler avec la Birmanie (...), afin de servir au mieux les intérêts de nos deux peuples", a affirmé le ministère chinois des Affaires étrangères après voir félicité "MAH".
Son accession à la présidence a été accueillie dans une relative indifférence à Rangoun, la plus grand ville du pays.
"Ce n'est qu'un gouvernement formé par un faux Parlement et de fausses élections", a témoigné une habitante de 50 ans sous couvert d'anonymat, pour des raisons de sécurité: "Il n'y a aucun espoir pour le pays sous sa présidence. Ca ne fera qu'empirer".
La Birmanie est déchirée par une guerre civile depuis le coup d'Etat de 2021, des militants pro‑démocratie ayant pris les armes contre la junte, aux côtés de mouvements armés issus de minorités ethniques longtemps hostiles au pouvoir central.
L'ONU estime que plus de 3,7 millions de personnes ont été déplacées en raison du conflit et que près de la moitié des 50 millions de Birmans vivent sous le seuil de pauvreté.