Berlin et Londres écartent toute mission de l'Otan pour rouvrir le détroit d'Ormuz
information fournie par AFP 16/03/2026 à 20:23

Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'adresse aux médias sur la situation au Moyen-Orient, à Downing Street, dans le centre de Londres, le 16 mars 2026 ( POOL / Brook Mitchell )

Le Royaume-Uni et l'Allemagne ont écarté lundi toute mission de l'Otan pour rétablir la circulation maritime dans le détroit d'Ormuz, en réponse à l'appel de Donald Trump, qui a demandé l'aide de ses alliés et de la Chine pour débloquer cette voie stratégique.

Le président américain a réagi en reprochant à certains pays de ne "pas vouloir s'impliquer" dans la securisation de ce détroit, axe majeur pour le transport notamment d'hydrocarbures, dont le blocage a fait flamber les prix du brut.

Il a estimé, à propos des pays de l'Otan, qu'ils "devraient bondir pour nous aider, parce que nous les aidons depuis des années".

Un peu plus tôt, le Japon et l'Australie, alliés historiques des Etats-Unis dans la région indo-pacifique, ont exclu tout envoi de moyens dans ce détroit.

De son côté, le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré lors d'une conférence de presse que le Royaume-Uni travaillait avec ses alliés sur un "plan collectif viable permettant de rétablir la liberté de navigation dans la région le plus rapidement possible".

Ce plan "ne sera pas et n'a jamais été envisagé comme une mission de l'Otan", a-t-il insisté.

Même tonalité en Allemagne où le chancelier Friedrich Merz a estimé que la guerre au Moyen-Orient "n'est pas une affaire de l'Otan". Il a en outre, réaffirmé la postion de son pays, à savoir que "nous ne participons pas à cette guerre".

Les ministres des Affaires étrangères lituanien et polonais, historiquement atlantistes, ont eux estimé que les pays de l'Otan devraient "étudier" une demande américaine de contribution si elle était officiellement soumise à l'Alliance.

Le président polonais Karol Nawrocki au palais présidentiel de Varsovie, le 5 mars 2026 ( AFP / Wojtek RADWANSKI )

Mais "le président (Karol) Nawrocki a déjà écarté toute participation des forces armées polonaises", a rappelé le ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski.

Un responsable de l'Otan a indiqué à l'AFP "savoir que certains alliés discutent individuellement avec les Etats-Unis et d'autres pays" de mesures supplémentaires, ajoutant que l'Alliance atlantique avait déjà "renforcé" son engagement en Méditerranée, où ses forces ont intercepté trois missiles tirés d'Iran entrés dans l'espace aérien turc.

- La mission Aspides écartée -

La cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, s'adresse aux médias à son arrivée à Bruxelles le 16 mars 2026 pour un Conseil des affaires étrangères consacré à la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine et à la situation au Moyen-Orient ( AFP / NICOLAS TUCAT )

Réunis à Bruxelles, les chefs de la diplomatie de l'UE ont également écarté l'idée d'envoyer dans le détroit d'Ormuz la mission européenne de protection du trafic maritime, Aspides.

Personne ne veut participer activement à cette guerre", a déclaré la cheffe de la diplomatie de l'UE, Kaja Kallas, à l'issue de cette réunion. Et, "pour l'instant, il n'y a pas de volonté de modifier le mandat de l'opération Aspides", a-t-elle ajouté.

Cette mission, conçue à l'origine pour protéger les navires marchands des attaques des rebelles houtis, alliés de l'Iran, est actuellement déployée en mer Rouge.

La France avait évoqué le 9 mars une mission internationale "purement défensive" pour rouvrir le détroit, sans préciser si elle devait se faire dans le cadre de l'opération Aspides, qui comprend trois navires militaires en patrouille: un grec, un français et un italien.

Mais plusieurs ministres européens, notamment espagnol ou allemand, ont exprimé lundi leurs réticences à étendre le champ d'opération de cette mission.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, à son arrivée à Bruxelles le 16 mars 2026 pour une réunion du Conseil des affaires étrangères consacrée à la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine et à la situation au Moyen-Orient ( AFP / NICOLAS TUCAT )

"Nous pensons que le mandat actuel d'Aspides est correct et qu'il ne nécessite aucune modification", a ainsi souligné le ministre espagnol des Affaires étrangères Jose Manuel Albares, avant même le début de la réunion.

Keir Starmer a aussi déclaré lundi que le Royaume-Uni "ne se laissera pas entraîner dans une guerre plus vaste" et qu'il souhaite que le conflit s'achève "le plus vite possible".

Depuis le début de la guerre le 28 février, Londres a autorisé les Etats-Unis à utiliser deux bases britanniques pour mener des "opérations défensives" contre l'Iran, et a envoyé des moyens aériens pour soutenir ses alliés dans la région face aux attaques de drones iraniens.

Un destroyer de la Royal Navy est également déployé en Méditerranée pour protéger notamment les bases militaires britanniques à Chypre.