BCE-Lagarde laisse entendre aux gouverneurs que son départ n'est pas imminent - sources information fournie par Reuters 19/02/2026 à 13:28
(Actualisé avec commentaire de Piero Cipollone, UniCredit)
par Francesco Canepa et Balazs Koranyi
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a assuré aux gouverneurs dans un message privé qu'elle restait pleinement concentrée sur ses fonctions et qu'elle serait la première à les informer si elle venait à démissionner, ont déclaré quatre sources à Reuters.
Les destinataires ont compris qu'elle n'avait pas l'intention de démissionner dans l'immédiat, même si le message n'écarte pas une telle décision.
Le Financial Times a rapporté mercredi que Christine Lagarde prévoyait de quitter son poste avant la fin officielle de son mandat, en amont de l'élection présidentielle en France prévue en 2027, afin de permettre au président Emmanuel Macron d'avoir son mot à dire dans le choix de son successeur.
La BCE avait ensuite affirmé qu'aucune décision n'avait été prise.
Plus tard dans la journée de mercredi, Christine Lagarde a envoyé un message aux gouverneurs pour les rassurer sur le fait qu'elle restait concentrée sur son rôle de présidente et qu'ils l'apprendraient par elle-même, plutôt que par la presse, si elle souhaitait démissionner, ont indiqué les sources.
Une démission anticipée de la cheffe de la BCE relancerait le débat sur l'indépendance des banques centrales vis-à-vis du pouvoir politique, un principe menacé aux États-Unis par les attaques du président Donald Trump contre la Réserve fédérale (Fed) et son président, Jerome Powell, que la Maison blanche a accusé à plusieurs reprises de ne pas baisser suffisamment les taux d'intérêt.
Un porte-parole de la BCE n'a pas souhaité jeudi faire de commentaire.
Le mandat de Christine Lagarde doit s'achever en principe en octobre 2027.
Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a déclaré jeudi que rien ne laissait présager le départ prochain de Christine Lagarde, soulignant son travail sur des projets à long terme tels que l'Union de l'épargne et des investissements et l'élargissement de l'accès au mécanisme de liquidité en euros.
"Cela ne ressemble en rien au comportement de quelqu'un qui fait ses valises", a-t-il déclaré lors d'une audition devant le Parlement italien.
INDÉPENDANCE DE LA BANQUE CENTRALE
Les informations du Financial Times interviennent alors que le gouverneur de la Banque de France (BdF), François Villeroy de Galhau, a annoncé la semaine dernière qu'il quitterait son poste début juin, soit un peu plus d'un an avant la fin de son mandat, donnant ainsi à Emmanuel Macron l'occasion de choisir le prochain directeur de la banque centrale française.
En privé, les responsables de Francfort déclarent que la décision de François Villeroy et le message de Christine Lagarde indiquent la volonté Paris de s'assurer que des banquiers centraux compétents et indépendants soient choisis, quel que soit le vainqueur de l'élection présidentielle l'année prochaine en France.
Le président de la République nomme le gouverneur de la banque centrale du pays et, en tant que chef de la deuxième économie de la zone euro, joue un rôle important dans les négociations plus larges visant à sélectionner le président de la BCE.
Le parti d'extrême droite Rassemblement National (RN), qui selon les sondages pourrait remporter la présidentielle en 2027, a critiqué cette démarche, la qualifiant d'antidémocratique.
Si le parti de Marine Le Pen a depuis longtemps renoncé à demander la sortie de la France de l'euro, la formation reste considérée comme une inconnue dans les cercles des banques centrales.
Certaines sources déclarent également qu'une éventuelle décision de Christine Lagarde de démissionner prématurément afin de priver le successeur d'Emmanuel Macron de tout droit de contrôle sur la nomination du prochain président de la BCE soulèverait en soi des doutes quant à l'indépendance de l'institution vis-à-vis du monde politique.
Les économistes du secteur privé disent partager cette préoccupation. UniCredit, par exemple, souligne que les dirigeants de l'UE et la BCE devraient agir "avec beaucoup de prudence, afin de ne pas compromettre l'indépendance de la banque centrale, telle qu'elle est perçue."
(Reportage Francesco Canepa et Balazs Koranyi, avec la contribution de Jesus Aguado à Madrid et Reinhard Becker à Berlin; version française Diana Mandia, édité par Kate Entringer et Blandine Hénault)