BCE: Des responsables envisagent une hausse des taux face au risque d’une inflation persistante
information fournie par Reuters 01/05/2026 à 11:34

Le président de la Banque federale d'Allemagne, Joachim Nagel, avec la présidente de la BCE, Christine Lagarde, à Washington

La Banque centrale européenne (BCE) pourrait devoir durcir sa ‌politique monétaire, potentiellement dès juin, ont déclaré des responsables vendredi, avertissant que les perspectives d’inflation se dégradent et que ​le risque d’une hausse durable des prix s’accentue.

La BCE a maintenu ses taux d'intérêt inchangés jeudi, mais a débattu d'un relèvement et a signalé, dans des commentaires officiels et officieux, que des taux plus élevés resteraient à l'ordre du ​jour, redoutant qu'une flambée de l'inflation liée à l’énergie ne persiste au-delà d’un effet ponctuel.

"Du point de vue actuel, la situation évolue de manière moins ​favorable que dans le scénario de base précédent", a déclaré ⁠Joachim Nagel dans des commentaires transmis par courriel. "Il est donc d'autant plus approprié que le Conseil des ‌gouverneurs réagisse en juin si les perspectives ne s'améliorent pas "nettement".

Face au conflit qui bouleverse les perspectives économiques et d'inflation, la BCE a esquissé en mars des hypothèses alternatives à son scénario ​de référence, dont un scénario "défavorable" et un ‌scénario "adverse", l'institution prévoyant un certain resserrement même dans le meilleur des cas.

Le gouverneur ⁠de la banque centrale d'Estonie, Madis Muller, a également averti vendredi que le taux de dépôt de la BCE, fixé à 2%, pourrait devoir être relevé.

"Nous n'avons pas encore jugé nécessaire de relever les taux d'intérêt cette semaine, mais ⁠il est de plus ‌en plus probable que nous devions le faire à l'avenir", a-t-il écrit dans un billet ⁠de blog. "Des signes montrent déjà que la hausse des prix de l’énergie se répercute sur d’autres biens et services."

La ‌BCE ne peut pas faire baisser les prix de l'énergie, mais elle estime devoir intervenir si ⁠ce choc commence à impacter d'autres prix via des effets de second tour.

INFLATION PROLONGÉE ?

Le ⁠décideur autrichien Martin Kocher a ‌adopté un ton plus prudent, tout en prévenant que la hausse de l’inflation, alimentée par l’envolée des prix du ​pétrole liée à la guerre en Iran, pourrait s’inscrire dans ‌la durée.

"Les perspectives d'inflation se sont dégradées", a-t-il déclaré. "Il est donc possible que nous soyons confrontés à une inflation prolongée."

Le scénario de référence présenté ​par la BCE en mars reposait sur des taux de marché anticipant deux hausses. Les investisseurs sont toutefois devenus plus pessimistes depuis, tablant désormais sur trois relèvements, le premier étant pleinement anticipé d’ici juillet et le ⁠second d’ici septembre.

Ce changement de sentiment du marché intervient alors que les prix du pétrole restent proches des niveaux du scénario défavorable de la BCE et que l’inflation atteint déjà 3%, bien au-dessus de l’objectif de 2% de l’institution.

"Nous sommes conscients des risques pesant sur la stabilité des prix et sommes prêts à agir à tout moment", a déclaré Joachim Nagel. "N'oublions pas que le scénario de base implique déjà une politique monétaire plus restrictive."

(Balazs Koranyi, version française ​Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)