Bally Bagayoko, nouveau baron au royaume de Jean-Luc Mélenchon
information fournie par AFP 05/06/2026 à 12:10

Jean-Luc Mélenchon et Bally Bagayoko à Saint-Denis, le 4 avril 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Révélation des dernières élections municipales, le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, s'est rapidement imposé comme une figure de La France insoumise. A tel point que le premier meeting de campagne de Jean-Luc Mélenchon se tiendra dimanche au pied de l'hôtel de ville et de la basilique royale.

Silhouette élancée, élocution posée et mesurée, l'élu de 52 ans, qui a également remporté une puissante intercommunalité en Seine-Saint-Denis face à son rival socialiste de Saint-Ouen Karim Bouamrane, a offert en mars aux Insoumis leur plus grande ville (150.000 habitants) en l'emportant dès le premier tour, après une campagne au cours de laquelle il a porté des propositions radicales.

L'incarnation pour Jean-Luc Mélenchon de sa "Nouvelle France", une société plus connectée, urbaine et surtout métissée.

Issu d'une famille malienne et d'un quartier populaire de sa commune de Seine-Saint-Denis, de religion musulmane, il a été la cible de propos polémiques sur l'antenne de la chaîne CNews et de commentaires racistes.

Des médias ont également assuré qu'il avait qualifié Saint-Denis de "ville des Noirs et du peuple vivant" au moment de son élection, alors qu'il avait en réalité parlé de "ville des rois et du peuple vivant".

"Les attaques racistes dont il a fait l'objet ont cristallisé l'attention autour de lui et ont généré une grosse contre-offensive", déclare à l'AFP l'eurodéputée et cadre insoumise Manon Aubry.

De quoi rapidement le propulser dans les sondages d'opinion, où il a même parfois dépassé Jean-Luc Mélenchon en termes de popularité.

Bally Bagayoko à Saint-Denis, le 4 avril 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Car Bally Bagayoko apparaît moins clivant dans son expression que d'autres figures du mouvement de gauche radicale, plus promptes à alimenter les controverses.

"Il est vigilant, il ne cherche pas à créer le buzz dans les médias, il est le maire de tous les habitants de sa ville et il le sait", fait remarquer Manon Aubry.

"Bally se débrouille très bien dans les médias. Il dégage une image de mec sympa. On a envie d'aller faire un basket avec lui", abonde dans un sourire le coordinateur de LFI Manuel Bompard, en référence à son passé de joueur semi-professionnel puis d'entraîneur de basket-ball.

- "Complémentaires et non contradictoires" -

Mais une des particularités de l'édile est d'avoir une existence politique antérieure à La France insoumise.

Proche du PCF avant de rejoindre LFI, avant sa victoire aux dernières municipales, il avait en effet déjà été candidat à des élections municipale, sénatoriale ou départementales, mais sans succès.

Un parcours qu'il n'a pas hésité à rappeler récemment dans les colonnes du quotidien Le Monde, malgré les relations notoirement tendues entre ce quotidien et LFI.

Jean-Luc Mélenchon s'exprime lors d'une manifestation contre le racisme à Saint-Denis, aux côtés du maire Bally Bagayoko, le 4 avril 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

"Je ne suis pas de la génération de Jean-Luc Mélenchon. Je n'étais pas au Parti de gauche. Je n'étais pas là à la création du mouvement. Je suis à LFI depuis 2017, surtout par opportunité, parce que le PCF, dont j'étais l'allié, ne m'a pas donné ma chance", a-t-il dit.

"Cette interview n'a pas créé de problème à La France insoumise", balaie Manuel Bompard.

"Bien sûr qu'il faut garder une liberté dans l'expression, à partir du moment où nous sommes complémentaires et non pas contradictoires", ajoute-t-il.

Autre particularité : Bally Bagayoko est originaire de la ville populaire qu'il dirige, un ancrage local que ne partagent pas tous les cadres insoumis.

"C'est important qu'on n'ait pas tous les mêmes profils. Nous sommes complémentaires. La construction de LFI, ce sont des couches qui s'accumulent et qui font creuset", assure M. Bompard.

Les Insoumis, pour encore mieux représenter les quartiers populaires qu'ils défendent, devraient-ils investir un profil comme le sien à l'élection présidentielle?

"Ce débat, il viendra après la victoire", a balayé l'intéressé sur franceinfo, en rappelant que M. Mélenchon, au côté duquel il s'exprimera dimanche lors du meeting de Saint-Denis, restait le meilleur candidat insoumis pour l'Elysée.

Suffisant pour que des commentateurs s'empressent de lui prêter des velléités d'indépendance.

"Il va avoir une existence propre en dehors de LFI. Ca va être intéressant à suivre", note un ancien proche de Jean-Luc Mélenchon.

Pas de quoi ébranler la direction insoumise pour autant.

"Il a fait le choix d'être maire, il n'est pas coordinateur, responsable du programme ou président de groupe parlementaire", note Manuel Bompard, en saluant "l'engagement total" de Bally Bagayoko dans ses fonctions dionysiennes.