Bac: cinq ans après, le grand oral peine toujours à convaincre
information fournie par AFP 20/06/2026 à 08:24

À partir de lundi, les élèves de terminale générale et technologique passent l'ultime épreuve du baccalauréat, le grand oral, toujours contesté par le corps enseignant ( AFP / MARTIN BUREAU )

À partir de lundi, les élèves de terminale générale et technologique passent l'ultime épreuve du baccalauréat, le grand oral, toujours contesté par le corps enseignant, qui critique notamment un format propice au recours à l'intelligence artificielle.

"On peut comprendre l'intérêt qu'il peut y avoir à évaluer un oral, mais le format de l'épreuve n'est pas du tout opérant", souligne auprès de l'AFP Servane Marzin, professeur d'histoire-géographie en Seine-Saint-Denis.

Mesure phare de la réforme Blanquer de 2019, introduite en 2021, le grand oral voit les lycéens se présenter avec deux questions préparées avec leurs professeurs sur leurs spécialités . Le jury, composé de deux professeurs de disciplines différentes, en choisit une, avant 20 minutes de préparation, un exposé de dix minutes, puis dix minutes d'échanges censés évaluer les capacités des élèves à argumenter.

Certains candidats ont vu leur épreuve reportée de quelques jours en raison de la canicule, dont le pic est attendu entre dimanche et mardi.

Pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, c'est "un exercice qui est plus de forme que de fond". Or, "avoir des élèves assez brillants en art oratoire", mais "très peu solides sur les connaissances, cela pose quand même problème".

L'usage de l'IA

La formule convient en tout cas à Anna, 17 ans. "C'est beaucoup moins stressant que les écrits, parce que ce sont des sujets qu'on a préparés nous-mêmes, sur des thèmes qui nous intéressent ", estime la lycéenne des Yvelines, qui a passé, comme les 530. 000 autres élèves de terminale générale et technologique, l'épreuve de philosophie lundi, puis de mardi à jeudi les épreuves de spécialités.

Un élève arrive pour passer une épreuve du baccalauréat le 18 juin 2024 à Paris ( AFP / JULIEN DE ROSA )

Du fait de cette préparation, "ce n'est pas une vraie épreuve orale, mais en grande partie, un exposé récité" conçu de plus en plus grâce à l'IA, regrette Jérôme Fournier, secrétaire national du syndicat SE-Unsa, qui dénonce "une forme de triche".

"Chaque année il y a une proportion sans cesse croissante, et même très importante, de candidats qui utilisent l'IA", abonde Jean-Rémi Girard, président du Snalc (syndicat d'enseignants).

"C'est un peu dur d'appeler ça de la triche", rétorque Renaud Charasse, professeur de SES de Seine-et-Marne. "Nos élèves sont parfois livrés à eux-mêmes pour préparer cette épreuve. On fait ce qu'on peut pour les orienter et les conseiller, mais aucune heure n'est dédiée à la préparation du grand oral".

Anna assure, de son côté, avoir utilisé l'IA, mais avec parcimonie . "Je m'en suis servie pour faire mon plan, mais pas pour le reste. Nos professeurs nous ont bien dit de ne pas le faire."

À l'inverse, Marie Rennou, 18 ans, dit avoir été encouragée par ses enseignants à utiliser l'IA "non pas pour rédiger, mais comme un outil d'appui". La lycéenne des Deux-Sèvres l'a utilisée "pour vérifier des informations ou résumer de longs rapports".

"Fausse bonne idée"

Dans la pratique, les enseignants dénoncent aussi des situations où ils peinent à évaluer le fond, faute de maîtriser les sujets présentés. Par exemple, "quand on n'est pas prof de maths, subir des oraux de maths, c'est une torture, parce qu'on ne comprend rien", déplore Servane Marzin.

L'enseignante dénonce "une situation complètement biaisée" où seule "la moitié de l'épreuve est évaluable".

Ces critiques sont d'autant plus vives que le grand oral reste une épreuve importante dans la note finale. Initialement doté d'un coefficient 10 en voie générale (sur 100) et 14 en voie technologique, il voit toutefois son poids légèrement diminuer à partir de cette année, passant à 8 en générale et à 12 en technologique, avec l'introduction d'une nouvelle épreuve de mathématiques en première.

La question des inégalités sociales revient par ailleurs de manière récurrente. "L'oral reste une compétence socialement située" et avantage les élèves des milieux les plus favorisés, constate Mme Marzin.

Face à ces limites, les syndicats plaident a minima pour une refonte en profondeur de l'épreuve, voire sa suppression.

"Je ne suis pas contre une épreuve orale", assure Renaud Charasse, qui juge notamment que "l'oral de rattrapage est plutôt bien pensé". "Mais celle-ci, c'est vraiment une fausse bonne idée".

Les résultats du bac seront publiés le 7 juillet.