Avec sa promesse d'année "utile", Macron signe surtout son impuissance
information fournie par AFP 01/01/2026 à 17:07

Des écrans de télévision diffusent le discours d'Emmanuel Macron présentant ses vœux de Nouvel An à la nation depuis l'Élysée, à Paris, le 31 décembre 2025 ( AFP / Dimitar DILKOFF )

Emmanuel Macron a promis une année 2026 "utile", à la France, mais ses vœux laissent surtout l'impression d'un président sur la défensive, en fin de règne, alors que la prochaine élection présidentielle approche à grands pas.

"Ce sont des vœux défensifs, de repli, des vœux de fin de règne qui ne lui ressemblent pas du tout", a estimé jeudi Philippe Moreau-Chevrolet, professeur en communication à Sciences Po, pointant un discours surtout "axé sur la protection" des agriculteurs, de l'industrie...

Le président, qui avait opté cette année pour des vœux très courts - moins de 10 minutes - et le décor plus feutré du Salon des ambassadeurs, est apparu dans un semi clair-obscur, devant une cheminée et un sapin illuminé.

"Le manque de lumière, de dynamisme parce qu’on a l'impression qu’il est éclairé à la bougie, qu'il parle très lentement, le fait qu’il rappelle que c’est son dernier mandat (...) ça a créé une ambiance crépusculaire", a noté Philippe Moreau-Chevrolet.

Le politologue Bruno Cautrès juge aussi très surprenants ces vœux à la "tonalité à la fois sobre et sans perspective", où l'on "voit très clairement l'amorce d'une sortie du jeu d'Emmanuel Macron", à seize mois de la présidentielle à laquelle il ne peut se représenter.

- "Sous-dimensionné" -

Un écran de television qui diffuse l'allocution des voeux du président Emmanuel Macron, mercredi soir le 31 décembre 2025 depuis l'Elysée ( AFP / Dimitar DILKOFF )

Le chef de l'Etat, très affaibli depuis la dissolution ratée de 2024, s'est certes efforcé de poser les jalons d'une année "utile", en dépit de l'instabilité politique, faute de majorité à l'Assemblée.

Il a tracé sa feuille de route et martelé qu'il resterait "jusqu'à la dernière seconde au travail", comme pour mieux conjurer le risque d'effacement qui le guette.

Mais "au bout de presque dix ans de pouvoir, un chef d'Etat qui nous annonce que les grands chantiers du pays, c’est interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une loi sur la fin de vie et le rétablissement sur une base volontaire du service national, ça semble sous-dimensionné" par rapport aux enjeux et attentes des Français, souligne Bruno Cautrès.

Emmanuel Macron n'a que très peu évoqué l'impasse budgétaire, qui plombe pourtant ce début d'année, à moins de trois mois des élections municipales, appelant seulement gouvernement et Parlement à s'atteler sans tarder à "bâtir des accords".

Son vœu final "d'espérance", ponctué d'innombrables "ne renonçons pas" au "progrès", à une "nation plus solidaire", au "beau", à la "culture", autant de thèmes macronistes depuis dix ans, avait aussi une "dimension presque testamentaire", analyse Bruno Cautrès.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale, le 17 décembre 2025 à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

Enfin, le président est apparu très solitaire, n'évoquant qu'une fois le chef du gouvernement Sébastien Lecornu.

Son ex-Premier ministre Edouard Philippe, dans les starting-blocks pour 2027, qui avait appelé à une présidentielle anticipée, n'a de nouveau pas été tendre avec le chef de l'Etat dans ses propres vœux, regrettant jeudi une année "sans stratégie et sans cap" dans un pays où "rien de décisif" ne se produira d'ici 2027.

- "Rien dit mais bien dit" -

"A un an de plier les gaules, vous vous attendiez à quoi ? (...) Il n'a rien dit mais il l'a bien dit", a considéré pour sa part le député Renaissance Karl Olive, sur la chaîne Cnews.

Pour un conseiller ministériel, le président a eu "raison de ne pas entrer dans les détails", notamment sur le budget, car "il ne fallait surtout rien de tranchant dans une Assemblée sans majorité, sinon tu abandonnes l’esprit de compromis et tu te fais censurer".

C’étaient des "vœux mesurés en fonction de ce qu’on peut faire", "il n'a pas pris de risque", renchérit, stoïque, un ténor du bloc central.

S'il a évoqué son départ programmé, Emmanuel Macron s'est efforcé de repousser au plus tard l'échéance présidentielle, qui signera de facto sa mise en retrait, fixant le début de la campagne électorale "à la fin de l'année".

"Il essaie de contrôler le calendrier. En réalité, on est déjà en campagne pour 2027, mais il veut gagner du temps et pouvoir continuer à se présenter comme étant dans l’action", relève Philippe Moreau-Chevrolet.