Avec des ventes au plus bas depuis 16 ans, le cognac passe à l'arrachage
information fournie par Boursorama avec AFP 23/01/2026 à 16:10

( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )

Les ventes de cognac, sous le coup des mesures chinoises et américaines, sont retombées en 2025 à un niveau inédit depuis seize ans selon des chiffres diffusés cette semaine, tandis que l'interprofession adoptait un plan d'arrachage dans le vignoble.

En 2025, la filière a exporté 141 millions de bouteilles, soit le plus faible volume constaté depuis l'exercice qui avait suivi la crise financière de 2008, selon des chiffres révélés par le journal Sud Ouest et consultés vendredi par l'AFP.

Depuis 2021, année record pour le cognac, les ventes en valeur ont dégringolé de près de 39%, passant de 3,6 milliards d'euros à 2,2 milliards cette année, sous l'effet notamment d'une enquête antidumping lancée début 2024 par Pékin en riposte à une initiative européenne visant les véhicules électriques chinois.

À l'issue de cette enquête, Pékin a imposé d'importantes surtaxes aux importateurs de brandys européens, principalement le cognac. Pour y échapper, les principaux exportateurs comme Hennessy, Rémy Cointreau et Martell ont consenti à augmenter leurs prix.

Face à cette "crise historique", la filière cognac, ultra-dépendante des exportations, veut arracher plusieurs milliers d'hectares de vignes sur les 90.000 du vignoble.

En octobre, le Bureau national interprofessionel du cognac (BNIC) avait réclamé au gouvernement français et à l'Union européenne de financer ce plan d'arrachage à hauteur du "préjudice subi" - estimé à 10.000 euros par hectare - du fait de la guerre commerciale entre Bruxelles et Pékin, dont elle s'estime être une "victime collatérale".

Fin novembre, le ministère de l'Agriculture avait annoncé une enveloppe de 130 millions d'euros pour soutenir un plan d'arrachage dans les vignobles français en crise, prévoyant une aide de 4.000 EUR/ha arraché définitivement.

Le BNIC a confirmé cette semaine qu'il comptait supprimer 3.500 hectares via ce plan, en l'abondant d'une "surprime" de 6.000 EUR/ha, payée sur ses propres fonds.

"Pour autant", l'interprofession réclame toujours "un accompagnement spécifique du dommage causé à la filière cognac du fait des rétorsions diplomatiques chinoises", comme elle l'avait signifié par écrit, le 13 janvier, à la ministre de l'Agriculture Annie Genevard.

"C'est une aide de nature européenne qui doit en effet avant tout être mise en œuvre, le gouvernement français pouvant décider de la compléter", écrivait le BNIC dans ce courrier.

Outre les mesures chinoises, le cognac a pâti des surtaxes de l'administration Trump et de la baisse générale de la consommation de vin et spiritueux.

Dix mille hectares supplémentaires pourraient être arrachés à terme dans le vignoble, à travers "un dispositif en cours de réflexion au BNIC", selon son président, Florent Morillon.